Les tribulations d’un auteur auto-édité, première partie.

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Vous l’avez peut-être remarqué, cela fait plusieurs mois que Greg répond aux abonnés absents sur ce blog, mais aussi sur les réseaux sociaux. Pourtant, vous avez été nombreux à me demander, bien avant ce hiatus, un retour d’expérience sur mon parcours d’auteur auto-édité, sur l’impression de livres. Et je vais commencer cette reprise de l’écriture « bloguesque » justement par un petit feedback, une petite minute introspection, simplement parce que dimanche, « Salut, moi c’est Greg » fêtera sa première bougie en tant que livre (oui, je ne parle pas de Wattpad ni de Scribay ou de format blog, mais bien du sacro-saint objet qu’il soit numérique ou papier). Je compte publier, comme c’était en projet bien avant mon grand hiatus, mon retour sur mes plus anciens livres (mais ce billet-là sera cependant un peu plus technique parlant principalement des plateformes utilisées et de leurs défauts). Ce billet-ci, quant à lui, sera un peu plus personnel, et vous expliquera également un petit peu, pourquoi Greg a décidé de faire un très gros break.

Il y a eu tant de choses qui se sont déroulées en une année, depuis que le livre est paru chez Atramenta. Il y a vraiment eu des moments qui ont fait chavirer de joie le cœur bien sensible de ma petite personne, mais aussi beaucoup d’événements qui m’ont un peu mis le moral dans les chaussettes. Et je pense que lorsqu’on passe par un circuit d’auto-édition, à bosser seul, eh bien, qu’une majorité d’autres auteurs se retrouveront un peu dans les lignes qui suivront.

Je n’ai jamais caché que vivre de ma plume était un rêve. Je dirais même un objectif. Bien sûr, je ne me voile pas la face : déjà, dans un modèle d’édition classique, vivre de sa plume est quelque chose d’extrêmement rare. Alors, pour un petit écrivaillon comme Greg, qui laisse tous ses écrits en libre accès et donne l’opportunité aux lecteurs de soutenir (ou non) selon leur choix, vous imaginez bien que le nuage sur lequel je vis est très loin au-dessus de vos têtes. Les premiers retours sont ce qui m’a le plus touché. Beaucoup de mots d’encouragements, de remerciements pour avoir partagé mon histoire. De temps à autre j’en reçois encore quelques-uns, même s’ils se font de plus en plus rares ces derniers mois. Je dois dire qu’ils m’ont tous fait énormément plaisir.

Des tas de choses sont venues chambouler ce qui, pour moi, était un départ du tonnerre, même si je ne « vendais pas beaucoup » de livres. Parce que bien conscient qu’une autobiographie, non seulement, cela n’intéresse pas forcément les foules, et que dans un autre sens, cela pourrait également paraître prétentieux. Mais je voulais partager ce vécu, car je pensais (et pense toujours) que ce livre pourrait aider des personnes dans le besoin. Je ne m’attendais pas à vendre des milliers de livres, mais je voulais propager la nouvelle. Je ne peux par contre pas vous dire combien de téléchargements il y a eu sur mon blog. Je n’ai pas de compteur de visites ni de clics installé, et c’est très bien comme cela.

Dès la sortie, j’ai voulu faire les choses bien. Faire un peu mon pro qui se la pète, si on peut dire. J’ai écrit un communiqué de presse, auquel j’ai joint systématiquement un livre en numérique et je l’ai envoyé à moult endroits (associations libristes, sites de presse…) Je ne pourrais vous dire le nombre. Sur cette multitude de courriels, j’ai reçu… une réponse. C’était une web radio libre, super emballée par mon récit et ma démarche d’écriture. Je devais rapidement être recontacté pour passer en radio. Quelques semaines après (aux environs du #NaNoWriMo pour être précis), j’ai été contacté par plusieurs personnes pour être interviewé, et aller donner des interventions. Depuis ces déclarations d’intention, c’est le silence radio. Bien sûr, je connais quelque peu ces organisations et personnes ainsi que leur emploi du temps. Je ne leur jette donc aucune pierre, sachant leur agenda surchargé. Mais à chaque fois, le moral baissait un petit peu. Mais des personnes ont été touchées par mon livre : d’abord Séverine Vialon, et puis l’ami Genma, à qui j’avais envoyé le livre dédicacé et qui m’a fait l’honneur de me donner une petite interview. (et récemment, de mon ami-collègue auteur libriste Alias, que je ne vous présente plus).

J’ai tenté des tas de choses avec mon histoire, désirant expérimenter certaines techniques : sur ma page facebook « pro », j’ai fait de la pub sponsorisée. Alors oui, c’est très bien : mes posts ont été vus des milliers de fois, j’ai eu des centaines de clics, pour au final pas grand-chose, si ce n’est d’avoir des jolis trolls, qui, à ce que j’ai lu, devaient être des champions du harcèlement scolaire. Bref, pas vraiment le genre de personnes qui prendront la peine de lire. J’ai passé plus de temps à reporter et supprimer des commentaires qu’autre chose. Mais bon, ce fut malgré tout une expérience intéressante, cela m’a permis de mieux encore comprendre le fonctionnement de Fessebouc et je pourrais donc encore mieux taper dessus quand l’envie m’en prendra ! (oui, Facebook et moi c’est une longue histoire d’amour-haine digne de Dallas).

Quelques semaines plus tard, j’ai eu l’occasion de discuter avec le directeur de la plus grande libraire francophone de Bruxelles (chut, chut pas de nom). Je ne m’attendais pas à ce qu’il fasse rentrer mon livre par mille exemplaires, mais vu son caractère sympathique qu’il donne dans les médias, je ne risquais pas grand-chose. J’ai à peine parlé de mon livre qu’il m’a rembarré comme si j’étais un poisson pas frais d’Ordralfabétix. Je parle « autobiographie », il me répond que ça ne se vend pas, que personne ne voudra lire l’histoire d’un petit auteur du net. Conversation terminée. J’ai bien tenté d’expliquer ma démarche, il m’a coupé, disant que cela ne l’intéressait pas. Le pire quelque mois, plus tard, il invite une certaine bombe à gros seins de la télé-réalité à venir dédicacer en disant à la presse qu’il fallait donner sa chance à tout le monde. J’ai beaucoup ri, je dois dire (bon, j’avoue, au début c’était un peu jaune).

Je devais participer à mon premier salon en novembre dernier. Qui dit auto-édition, dit bien sûr se constituer un stock de livres soi-même, et donc en prévision, j’avais fait imprimer une trentaine de livres (ainsi qu’un stock équivalent d’ « histoires bloguesques »), en plus de proposer, la possibilité d’avoir un ebook dédicacé contre un prix libre. Malheureusement, une semaine avant de pouvoir faire chauffer mon stylo, les organisateurs, suite aux attentats de Paris, annulent l’événement. Je me suis retrouvé donc avec une belle grosse ardoise et un gros tas de livres que je ne savais même pas où ranger. Mais dans un malheur, il y a toujours quelque chose de bon (je ne me rappelle plus de l’adage tel quel, sorry) : J’ai mis une annonce sur les réseaux sociaux et des personnes que je ne soupçonnais même pas ont demandé à acheter mon livre). Certaines sont même venues de France pour venir le chercher ! Cependant, ce ne fut pas suffisant pour réellement rentrer dans mes frais. Mais je suis content de l’avoir proposé. Surtout pour ce livre-là.

Toutes ces pensées, ces idées moroses m’avaient totalement envahi au mois de juin. Voir que mon livre ne se vendait pas, que j’y dépensais moult énergies pour ne pas arriver à une quarantaine de ventes au total, me paraissait brasser de l’air. Cela me faisait beaucoup de mal. Nombre de fois, je voulais en parler sur le net. Mais internet, c’est le lieu du sourire forcé, celui où il faut montrer une bonne image de soi. Lorsqu’on parle souvent de ce qui ne va pas, qu’on crie son mal-être, j’ai remarqué que plutôt que d’avoir de l’aide, des personnes qui écoutent, on a plutôt ce que j’appelle un effet boule puante : les gens fuient et répondent aux abonnés absents. Et puis, honnêtement, je pense que crier au monde « mais bougre de touque, achète mon livre, partage le billet qui l’annonce, toi qui te dis être mon ami » n’est pas ce qu’il y a de plus de productif. Avec toutes les autres activités (les interviews d’auteur, les guides, les histoires multiples,etc.), dans lesquelles je m’étais lancé, l’arrêt de la clope (j’en ferai peut-être un billet, tiens, avec les fabuleuses lois qui passent sur le vapotage), etc, j’étais épuisé. Et avec la fatigue, l’optimisme est encore plus dur à trouver. Je me posais devant mon carnet ou mon pc et rien ne sortait. C’est là que j’ai décidé de me pauser et de faire mon hiatus.

Pendant ces mois de pause, j’ai beaucoup réfléchi. En repensant à tous ces points, énumérés plus haut, je me suis rendu compte d’une chose essentielle. J’étais devenu l’adepte du « fais ce que je dis, pas ce que je fais ». J’exhortai tout le monde à écrire pour se faire plaisir, je disais que le reste n’était qu’accessoire. Je le pensais sincèrement, pourtant, je m’étais éloigné de cette idée. Je regardais désespérément ce tableau de vente qui ne grossissait pas et mon compte en banque qui se vidait. Cette pause était donc bien nécessaire. Simplement pour respirer un bon coup et retourner à mes racines : pouvoir me faire plaisir en écrivant et en partageant ce que je fais. Je suis donc retourné à mes principes de départ, ceux qui me motivaient à montrer que l’on pouvait faire de la culture autrement. Je peux donc commencer à réécrire. Je n’ai pas encore retrouvé ma pleine forme et totalement mon enthousiasme (bien sûr, il y a d’autres choses plus personnelles qui font que ce hiatus était doublement nécessaire), mais j’y travaille.

Comme vous pouvez le voir, la vie d’un auteur auto-édité, est ponctuée de haut et bas. Je n’ai pas écrit ce billet pour me plaindre, bien au contraire, mais pour vous partager cette expérience. Même si de prime abord cela paraît triste, déprimant, ces expériences sont riches en apprentissage. Il faut juste arriver à passer au-dessus des coups dur, ne pas baisser les bras. Et un truc que je vous conseillerai, si vous vous lancez corps et âme, est de bien vous entourer. Parce que travailler seul, à l’aveuglette, je m’en rends compte maintenant, est très lourd à supporter. Alors entourez-vous d’un bon petit comité de soutien, de lecture, ou de tout ce qui pourrait vous aider.

Et sinon, pour terminer ce billet, je vous annonce qu’il y aura du changement pour « Salut, moi c’est Greg ». En effet, la majeure partie du livre sur Wattpad est la version non corrigée. Je vais donc mettre les chapitres à jour. Je viens également d’y insérer une partie du livre qui n’était pas présente : la préface. Non seulement pour fêter cette première année, mais aussi justement, pour revenir à mon principe de base : donner le choix de la plateforme et tout laisser en libre accès. Parce qu’il n’y a rien de plus beau que le don et le partage.

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Image de Sarah Sammis sous licence CC BY-NC.

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Un Commentaire

  1. Oh comme je me reconnais dans tout ce que tu décris. Je ne peux que confirmer ce que tu énonces avec le recul que tu as aujourd’hui. La vie d’un auteur et d’un artiste, quel qu’il soit, est ponctuée de hauts mais hélas, bien plus souvent, de bas.

    J’ai moi aussi souvent des moments où cet infâme Cafard galope et gratte dans ma caboche tout en salissant au passage mon coeur, égratignant mes jolis rêves arc-en-ciel. On est très haut dans les nuages et quand l’atterrissage est la seule alternative, y a de la fuite dans le moteur à motivation.

    Alors, on s’éloigne souvent de nos idéaux en cours de route, malgré nous, tandis que la réalité les assomme sous ses coups de griffe rageurs.

    Je te soutiendrai pour ma part quoi qu’il advienne, et je te remercie infiniment pour le partage de ton expérience qui a dû remuer beaucoup de plaies pas encore, peut-être, toutes pansées.

    Tu sais, tu peux m’envoyer un message sur ma page si tu as un coup de blues. J’y répondrai toujours. Peut-être pas tout de suite mais toujours – sois-en assuré.

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