Les Chronica Transylvania

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Quelque part dans les Carpates, hiver 1799-1800

 

Le vent soufflait très fort en cette sombre nuit hivernale. Les flocons tombaient intensément, commençant à former un manteau blanc sur ce petit bonhomme. D’où il était perché, au sommet de cette montagne des Carpates, il aurait pu voir à des kilomètres si le temps le lui aurait permis. Des larmes pourpres coulaient sur son visage. Anatole pleurait, mais comme toute personne de sa race, les larmes n’étaient plus faites de gouttes d’eau, mais bien de sang. Cet être en guenilles et aux cheveux tellement ébouriffés qu’il était impossible de démêler, pensait très fort à de vieux compagnons dont il avait perdu la trace : Serguei, le lasombra et infant de sa fidèle amie, Mila, l’assamite atypique, qui avait du bien traverser des épreuves et Liebriet, ce fameux gangrel, fameux agent double travaillant pour Camarilla et Sabbat.

 

Ces trois caïnites étaient au coeur des visions d’Anatole. Ils étaient des êtes clés dans l’accomplissement des signes de la Géhenne, la fin des temps prophétiques annoncée par Cain lui-même. Ils avaient déjà accompli tant de choses, avaient été témoins de nombreux signes annonciateurs, et pourtant il avait encore eu des visions il y a de cela cinq bonnes années. Et ce moment, Anatole parcouru la Transylvanie pour les mettre en garde, mais en vain. Liebriet demeurait introuvable, son bois occupé maintenant par un grand nombre de lupins, Mila semblait avoir quitté la Transylvanie, son château occupé d’autres membres de sa lignée, refusant de dire à Anatole où elle se trouvait. Quant à Serguei, il ne l’avait plus revu depuis cette nuit de juillet 1789, dans un Paris où la révolte avait secoué tout le pays. Il n’était pas réapparu à Brasov.

 

Anatole tomba sur à genoux, ses sanglots reprenant de plus belle. La neige à ses pieds commença à rougir, ses larmes tombant délicatement sur ce manteau blanc. Il hurlait. Comment pourrait-il continuer à trouver et combattre les signes de la Géhenne sans ses compagnons ? Loin, au sommet de cette montagne des Carpates, Anatole se sentait bien seul…

 

Je vous avait déjà dit que j’étais rôliste ? Non ? Un quoi ? Et bien un rôliste c’est quelqu’un qui pratique le jeu de rôles. Le quoi ? Et bien, pour vous expliquer en quelques lignes, un jeu de rôles est un jeu de société, mais pas seulement : c’est une sorte d’histoire interactive, où les héros de l’intrigue sont en réalité les joueurs. Un maître du jeu (MJ) conte l’histoire, joue les personnages non-joueurs et décrit les situations, tout en servant d’arbitre pour le bon respect des règles. Les joueurs, suite aux descriptions et mises en situation faites par le MJ, vont réagir selon la personnalité de leur personnage. Pour faire du jeu de rôles, pas besoin de grand chose : chaque joueur a une feuille de personnage qui décrit ce que celui-ci peut faire et comment est sa personnalité, ainsi qu’un paquet de dés, pour résoudre les actions nécessitant une part d’aléatoire. Le jeu de rôles le plus connu (et de mémoire, le premier du genre) n’est autre que Donjons et Dragons, et qui a été décliné sous toute forme, jusqu’au jeu vidéo. Bien, maintenant que j’ai sommairement décrit ce qu’est un jeu de rôles, on peut rentrer dans le vif du sujet.

 

Pendant des années, le jeu de rôles a été une de mes plus grandes passions. J’ai énormément joué, et pendant toute une période, c’était au moins une fois par semaine. Que ce soit en tant que joueur ou maître de jeu, je répondais toujours présent. Et j’ai adoré maîtriser des parties. On racontait des histoires, on créait un petit univers que l’on rendait vivant, et on plongeait nos joueurs dedans. Le jeu que j’ai préféré est sans conteste celui que j’ai le plus maîtrisé : Vampire l’âge des ténèbres/ Vampire la Mascarade. Bien que lorsque j’explique, on a l’impression que ce sont deux jeux différents. Oui et Non. L’un est axé Moyen Âge et l’autre est contemporain. Il ne font que se suivre chronologiquement. En gros, les joueurs incarne, comme vous l’aurez deviné, des Vampires. Alors, je vous arrête tout de suite, ce n’est pas un jeu sur les pseudos vampires à la Twilight ou Buffy. Les joueurs doivent combattre un démon intérieur, que l’on appelle la bête, et tenter de conserver un tant soit peu d’humanité. Mais en plus, les vampires sont des créatures égoïstes et manipulatrices, et donc ce jeu regorge de complots, trahisons, et tout autres joyeusetés du même acabit. Les seuls vampires ayant intérêt à s’associer et ne pas se trahir étant les joueurs, afin de pouvoir faire front à tous les coups retords qu’ils vont subir.

 

Et donc, dans le cadre du Summer Of Fail, je voulais parler d’un échec personnel, qui bien qu’il ne porte pas à conséquence, m’a énormément frustré, histoire juste de commencer ces billets en douceur. Dans ce fameux jeu Vampire, il existe une campagne appelée les Chronica Transylvania. Se déroulant principalement en Transylvanie, elle s’étale sur 800 ans, de 1200 aux environs des années 2000. (Un jeu de rôles est décomposé en scénarios, petites histoires durant généralement une à deux séances de jeu, et une suite de scénarios formant une méga histoire s’appelle une campagne) Elle est composée de douze scénarios, parfois séparés par un ou deux siècles. Les joueurs vivent dans cette campagne des événements majeurs du monde de Vampire ou réels (la création de la Camarilla, du Sabbat, se retrouvent dans la prise de la bastille en 1789,…). Et voilà mon big fail : je n’ai jamais fini de raconter cette campagne.

 

Vous me direz que douze scénarios, ce n’est peut être pas bien compliqué à terminer : si on se tient à ce que je viens d’énoncer, cela pourrait se limiter à 24 séances de jeu. Et bien non. Malgré qu’on aie joué pendant plus de deux ans, en moyenne deux à trois fois par mois. Je n’ai pas fait que raconter cette campagne, on a joué des tas de trucs : la mise à sac de Constantinople par les croisés, les invasions turques, et pas mal d’autres événements. Avec un autre ami maître de jeu, on a beaucoup potassé l’histoire de la région, afin de rendre le tout plus vivant et faire vivre aux joueurs les événements historiques de la région. Au moment où la campagne s’était arrêtée, la somme de préparation atteignait un peu plus d’un gros classeur !

 

Et puis, j’ai du quitter la ville où je vivais à l’époque, Louvain-La-Neuve. Les séances ont commencé à s’espacer. Un des joueurs, mon ancienne compagne, a refait sa vie de son côté en même temps que moi ; Oli, est parti vivre à Bordeaux. Et hormis mon meilleur ami, Sacha, on s’est perdu de vue et avons tous maintenant une vie de famille. On a réessayé, Sacha et moi, de continuer : on a essayé d’intégrer de nouvelles têtes, mais les implications des personnages faisaient qu’il devenait difficile d’en intégrer de nouveaux. Et donc, après la prise de la Bastille, nous n’avons plus joué. Et pourtant, ce n’est vraiment pas l’envie qui nous manque : systématiquement, lorsqu’on se voit, Sacha et moi on en reparle. Et on y repense avec une certaine nostalgie. Et pour moi, j’ai vraiment envie de terminer un jour cette campagne. Alors, anciens joueurs, si vous lisez ces mots : et si on tentait de transformer ce petit fail en réussite ?

 

Ce billet a été réalisé dans le cadre Summer Of Fail, proposé par Alias, et dédié à Anso, Oli et Sacha. (On rejoue quand vous voulez les gars, ça me manque, et en plus y a les outils informatiques pour jouer à distance maintenant!)

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Image de John Van Fleet pour Vampire: La Mascarade, 3ème édition

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