Pourquoi je soutiens une culture et une littérature libre.

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Souvent, lorsque j’explique ma démarche hors des internets, sur ma façon de publier mes écrits et de leur libre accès, avec un Prix Libre, je me retrouve face à un mur d’incompréhension. Je me retrouve souvent confronté à des réflexions du genre : « si tu veux percer, tu dois passer par un cercle traditionnel, passer par des éditeurs,… » Je dois alors, encore et toujours, argumenter, expliquer ma vision des choses, et pourquoi j’exècre le système éditorial « mainstream ». Je vais donc tenter d’expliquer tout cela ici, même si certaines idées ont déjà été légèrement évoquées dans des billets précédents.

Commençons par parler de ces maisons d’éditions, justement. Si vous voulez être publié chez eux, vous allez devoir soumettre votre manuscrit, qui sera analysé par un comité de lecture. C’est celui-ci qui décidera si vous serez publié. Donc, si on résume, votre œuvre va être analysée, simplement pour savoir si elle va savoir se vendre. Ce n’est donc pas vous qui avez le dernier mot. Ce sont des personnes qui décident pour vous, et leur approche est uniquement financière.

Pour continuer sur la partie finance, en tant qu’auteur, vous touchez la plus petite partie du fruit des ventes (environ 8%, comme expliqué dans le billet Prix Libre, mis en lien plus haut) . La maison d’édition ne s’occupant que de l’impression et de la logistique. Pourtant, sans auteur, un éditeur ne peut pas vivre. N’est-il donc pas normal que ce soit l’inverse, que ce soit l’auteur qui touche la plus grosse part ? En réalité, les maisons d’éditions, à mon sens, ne sont que des parasites, qui profite d’un auteur et de son oeuvre pour se faire un max de pognon.

Étant publié de cette manière, vous abandonnez aussi le contrôle, au profit de cette machine à fric. Bien sûr, publier c’est rendre public. Mais lorsque vous publiez une œuvre sous une licence libre, vous donnez, en quelque sorte, votre écrit à la collectivité. Ce n’est pas le cas avec une maison d’édition classique. Prenons un petit exemple, que j’ai déjà cité, en le transposant à notre cas, à savoir l’écriture (dans le billet mis en lien, le cas vient de la musique, mais cela peut s’adapter dans le cas de l’écriture).

Imaginez que vous ayez un fan inconditionnel, qui veut vous rendre hommage en faisant une lecture publique d’une de vos œuvres (on va dire sur youtube, autant rester dans la sphère technologique), fait des copies de votre nouvelle pour la donner à son entourage pour vous faire un peu de promo (d’ailleurs si vous voulez faire ça pour ce que j’écris, allez-y, vous gênez pas, tant que vous respectez la licence, je vous dirai même merci!). La maison à qui vous avez cédé vos droits décide d’attaquer votre fan en justice et lui réclame moult dommages et intérêts, droits d’auteur, etc. Vous avez envie de soutenir votre fan, mais comme vous avez cédé vos droits à ces requins financiers, vous êtes pieds et poings liés et ne pouvez donc rien faire.

Oui, passer par une édition classique apporte cependant des avantages, je le conçois fort bien. Que ce soit en visibilité, publicité, événements, ou en conseils… Tout ce support est assuré. Mais pour moi, cela reste vendre son âme au diable. Notre monde a besoin de changer de modèle, je le clame haut et fort. Mais si je ne faisais que clamer cela, tout en passant par ce système classique et désuet, ne rentrerais-je pas en contradiction avec ce que j’essaie de défendre ? Parce que je pense sincèrement que c’est bien beau de crier, de dénoncer et de s’arrêter là. A un moment, il faut mettre en place des alternatives, montrer que d’autres choses sont possibles. Analyser ce qui va et ne fonctionne pas, pour encore tenter d’améliorer le système.

J’ai donc pris le pari de mettre mes écrits sous licence libre. Parce que j’estime que c’est aussi me rendre hommage, de s’approprier ce que j’écris, de le modifier en me citant et de le faire passer à d’autres. C’est cette notion essentielle de partage, si essentielle et pourtant tellement bafouée par notre société qu’il faille rétablir. J’ai donc aussi pris le pari, pour mes œuvres téléchargeables (tout comme mon blog), de le mettre à Prix Libre, histoire que lecteur et auteur soient sur le même pied d’égalité, et que le lecteur décide de la valeur à attribuer à ce que j’écris.

C’est vrai, pour l’instant, je ne vais pas mentir à ce propos, c’est un « échec ». Malgré les nombreux téléchargements et lectures, le retour via Prix Libre est de zéro pour les histoires (j’ai juste un fan, merci à lui, qui suit systématiquement tous les épisodes de Thomas J avec Flattr, mais pour le reste, c’est franchement pas folichon). Je pense que beaucoup de monde ne semblent pas avoir compris le principe du Prix Libre, pensant tout simplement que c’est gratuit. Cela a mis, ces dernières semaines, mon moral en berne, et presque tous les jours je me pose la question si je dois continuer ou arrêter. Mais écrire me démange tellement ! Et même si le retour actuel n’est pas celui escompté, je veux continuer. Parce que j’ai l’intime conviction qu’à force de donner, de partager, j’aurai, un jour, quelque chose en retour.

Oui, je compte bien publier mes écrits, en auto-édition. Peut-être qu’à terme, si ça marche, je pourrais même publier en papier à Prix Libre, ce qui, pour moi, serait le summum. Mais force est de constater que ce n’est pas encore possible. Je passe un temps dingue à faire de l’auto promo où je peux, et le retour, là aussi, n’est pas terrible, sans compter que pendant ce temps-là je fatigue et n’écris pas. Mais en plus nos lois, nos mécanismes et règlements, font qu’avec ma situation personnelle, je ne peux pas encore me lancer entièrement dans l’aventure publication papier, à moins de perdre des plumes. Et puis mes histoires se lisent moins que mes billets, et cela se voit aussi rien qu’avec le nombre de flattrs reçus.

Mais je continuerai. Parce que je suis convaincu que la culture libre, un prix libre, et un accès aux biens culturels pour tous est un tournant majeur que doit prendre notre société, et qui lui permettra de s’améliorer. Parce que je veux que ce que j’écris soit partagé et accessible à chacun sans avoir l’aval de commerciaux décidant de la viabilité financière de ce que je fais. Vous aussi, vous pouvez semer ces graines autour de vous, en partageant des auteurs libres (un petit coup d’oeil par ici) tels que moi et en les rétribuant selon votre bon vouloir et moyens. Parce que c’est comme cela que la révolution du libre se propagera.

Ce blog est à prix libre, car pour pouvoir continuer à écrire, j’ai besoin de votre soutien. Découvrez comment me soutenir selon votre choix!

Image de Sylvain Naudin sous licence CC BY-SA

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10 Commentaires

  1. J’aimerais juste revenir sur la question de ce qu’apporte un éditeur: dans des grandes maisons, c’est peut-être un comité de lecture, mais dans de plus petites structures, c’est bien souvent une seule personne, ce qui d’une certaine manière, facilite les choses.

    Déjà, avec un seul interlocuteur, ça permet une relation personnelle. C’est bête, mais si l’éditeur est quelqu’un que tu connais et en qui tu as confiance, c’est un bonus. De plus, l’éditeur est là pour t’aider à améliorer ton texte; pas forcément le rendre plus vendeur, mais faire en sorte que tes lecteurs n’aient pas envie de t’écharper à la fin pour avoir galvaudé une bonne idée.

    Pour avoir déjà discuté avec des auteurs établis et au moins un éditeur professionnel, je pense de plus en plus que le passage d’un texte par un éditeur est une Bonne Chose, en vue de publication.

    • Dans le cas de conseil, certainement, et pour cela, je me fie à ton jugement. C’est tout ce qui va avec qui me fait me méfier fortement. Je pense aussi que si l’on a une communauté forte, qui lit par exemple un premier jet en pdf, donne des retours, il y a moyen aussi d’arriver à quelque chose. N’est-ce pas un peu comme cela que le jeu de rôles évolue, en faisant de nouvelles éditions selon les retours et l’expérience de jeu qui montre les couacs ou ce qu’il y a à améliorer?

      J’ai remarqué aussi, pour revenir plus à l’auto-édition, que même des petites maisons comme edilivre passaient aussi par un comité de lecture. Mais je pense que oui, une personne dans l’édition, pouvant donner des conseils est une bonne chose. Et dans le cas où tu sais réellement avoir un contact et une relation de confiance, je crois que ça doit être une plus value. Ce serait peut être bien, non, une sorte de comité d’éditeur qui prodige des conseils de ce genre pour les auto-éditeurs (peut-être que ça existe, je n’en ai aucune idée).

  2. Ce billet me ramène à l’esprit celui de Nicolas Ancion qui pourrait t’intéresser : http://ancion.hautetfort.com/archive/2014/06/24/figure-d-auteur-5397783.html
    « Je pense surtout qu’un auteur n’est pas un vendeur de livres. » dit-il…

    • Je viens de lire, j’aime beaucoup. Je me retrouve un peu là dedans, avec les expériences de ces dernières semaines. Je ne me sens pas l’âme d’un vendeur (quoique pour vendre un pc là y a pas de soucis), j’aime écrire exprimer mes idées. Essayer de faire de la promo, c’est fatiguant, en plus d’un retour proche de zéro. L’idéal serait peut-être que les personnes partagent au moins une fois ce qu’ils ont lu/téléchargé? Cela je pense ferait déjà une belle promo. Mais bon, j’ai pas la réponse à la question, seul l’avenir nous le dira!

  3. « Mais force est de constater que ce n’est pas encore possible. Je passe un temps dingue à faire de l’auto promo où je peux, et le retour, là aussi, n’est pas folichon, sans compter que pendant ce temps-là je fatigue et n’écris pas. »

    Oui, ça aussi un éditeur en décharge l’écrivain.
    Et comme tu le précises, Greg, savoir vendre c’est un métier.

    L’éditeur n’est pas juste un parasite qui pompe du fric sur le dos de l’écrivain, c’est un véritable partenaire. Certes, chacun a sa spécialité et son public déjà plus ou moins acquis. (autre point que tu n’as pas entrevu, mais un bon éditeur t’apporte déjà un public, donc des ventes)

    En auto-promotion, c’est à toi de conquérir le public, de le fidéliser, de lui apporter de la nouveauté et de l’intérêt, à chaque fois. Ce qui prend, tu t’en rends compte, un paquet de temps.
    Si tu as imprimé tes propres livres, tu as aussi tout un stock à écouler.
    Non écoulé, il te reste sur les bras… un risque que prend l’éditeur.

    Un bon éditeur t’aide encore à rendre ton texte plus alléchant, plus intriguant pour un public blasé. Un éditeur lit beaucoup, et quand il est bon, il sent ce qui pourrait plaire… à son public ! (ce qui ne dit rien sur le lectorat hors de son public cible ;-)… mais si tu écris pour tout le monde, tu n’écris pour personne.)

    Voilà ce que t’apporte un éditeur, le poids de ses compétences, et de ses relations, avec d’autres auteurs, avec son public.
    Ce n’est pas juste « de l’impression et de la logistique ».

    Même si je suis d’accord avec toi, la part de l’auteur est/reste faible…
    En réalité, avec un éditeur, tant que tu n’es pas connu, tu « achètes » en quelque sorte ce que peut t’apporter ledit éditeur. C’est un investissement.
    Tu « achètes » une sorte de réseau, au lieu de le bâtir toi-même.

    Maintenant, ne te décourage pas.
    Un empire de mots se contruit petit à petit, jusqu’à atteindre une taille critique.
    En deçà, il est invisible.
    C’est comme une supernova, pas de masse critique = pas de visibilité.

    Amuse-toi bien dans l’écriture.
    B. Majour

  4. Intéressant ton billet.

    J’aime bien connaitre pourquoi d’autres ont fait comme moi le choix de mettre leurs textes sous licence libre. 😉

    Personnellement, je les diffuse sous LAL (Licence Art Libre), qui est équivalente à la cc-by-sa. Et quand j’ai choisi de le faire, c’est en étant conscient que je me fermais probablement la porte de l’édition classique.

    Je vois que tu cites en commentaire ILV en tant qu’éditeur pratiquant la culture libre. Cela a, peut-être, changé, mais pour moi, ILV est (ou en tout cas était) plus un imprimeur et un diffuseur qu’un réel éditeur. Il manque toute la partie travail sur le texte qui est le gros plus de l’éditeur par rapport à l’auto-édition quant à la qualité du texte.

    Par contre, il est certain qu’ILV m’a apporté beaucoup de lecteurs par rapport à mon petit site perdu au fin fond d’internet et que sa communauté m’a permis de les corriger.

    • Hello,

      Oui, ILV est plus une plate-forme d’impression et de diffusion. Mais c’est une des seules à ce que j’ai vu qui propose une lecture libre et l’acquisition papier (sur atramenta c’est l’un ou l’autre). C’est pas l’outil parfait, mais j’ai pas trouvé mieux. Ce que j’aimerais néanmoins voir sur leur plate-forme, c’est une fonction permettant aussi un Prix Libre, mais ça c’est une autre histoire 😉

      Sinon, j’irai parcourir tes écrits avec attention sous peu!

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