Projet Inception – 10

Ce billet est la partie 6 sur 12 de la série projet "inception"

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Désolé pour le retard! suis un peu à la bourre!

Il fallait que j’aille le plus loin possible avec ce plein. Tenir coûte que coûte. Si j’arrivais à passer la frontière, je serais plus tranquille. Je sais bien qu’avec l’heure de Schengen, des polices internationales, les flics des autres pays recevraient vite ma description, c’était un peu illusoire comme échappatoire. Mais vu l’inefficacité notoire des communications entre les différentes administrations, le temps que la flicaille étrangère se rende compte de ma présence, je serai loin, très loin.

Mais quelques kilomètres plus tard, le moteur décida de se lancer dans sa protestation véhémente et stoppa net. Plus une goutte d’essence. Malgré mes cris et mes coups sur le volant, la voiture ne voulait plus avancer. Je pris mes cliques et mes claques et je continuai mon chemin comme un petit pédestre.

Le hasard fit cependant bien les choses. Un bruit de moteur résonna dans la nuit, et peu de temps après, une Reneault – une bagnole qu’elle est bien de la conduire – éclaira cette petite route isolée. Je me plantai au milieu du bitume, et le conducteur s’arrêta net. Parfait. Un nouveau moyen de locomotion s’offrait à moi. Arrivé à hauteur du chauffeur, je tentai l’inception de la dernière chance.

« Vous avez entendu le bruit sous votre capot ? Je les ai vus, ils sont là ! Les Gremlins ! Ils sont en train de bouffer les câbles du moteur ! Ils s’attaqueront à nous juste après ! »

Le type devient blanc comme un linge et commença à paniquer. Le résultat était inespéré. Pris par une angoisse soudaine, il sortit de sa voiture et décampa sans demander son reste, rivalisant dans sa course avec Speedy Gonzalez.

Mais ma victoire fut de courte durée. Le réservoir de la petite Clio était au trois quarts vide. Je ne pourrais pas aller bien loin, mais c’était déjà ça de gagné, et au moins, j’avais changé de bagnole.

Je dus bien rouler une bonne heure avant de me décider d’allumer la radio. Le smartphone bousillé, c’était la seule manière qu’il me restait pour avoir les dernières nouvelles. Je tombais direct sur un flash info « … le parquet confirme que deux corps ont été découverts dans la maison du suspect. Ils n’ont pas encore voulu annoncer l’identité des victimes, mais selon un témoignage, il s’agirait de sa femme et de son fils âgé de huit ans ».

Je la coupai de suite, je ne pouvais en écouter davantage. Marie ! Marc ! Louise ! Je n’aurais pas dû vous laisser ! Ces blaireaux, n’arrivant pas à me rattraper, s’en sont pris à vous ! Tout est de ma faute ! J’arrêtai la Reneault sur une route de campagne déserte. Je ne sais pas combien de temps je restais là, à pleurer. Des heures, je dirai. La douleur, la colère atteignirent leur paroxysme. Je jurais intérieurement de venger ma famille, ma raison de vivre, la raison de mon combat. Je voulais rendre le monde meilleur, juste pour eux.

Je remarquai que pendant que je continuais à me lamenter, l’horloge indiquait déjà six heures du matin. L’activité humaine allait bientôt s’intensifier. Je me remis en route, pressé de distancier les plus possible mes poursuivants, et de planquer la voiture. Je roulai encore une bonne demi-heure, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus aucune goutte d’essence dans le réservoir.

La Clio s’arrêta en pleine cambrousse, dans une rue qui traversait des champs. D’après le GPS, je venais de dépasser Rouveroy, un petit village près de la frontière française. Je poussai la bagnole sur le côté. Il y avait quelques arbres sur le bord de la route, elle serait bien à l’abri des regards derrière eux. Je jetai un dernier coup d’œil dans la voiture. Hormis le GPS, il n’y avait rien d’utile. Je le mis dans mon sac à dos, et je commençais à péniblement user mes souliers.

Il me fallut une grosse demi-heure pour atteindre le premier village français. Villers-Sire-Nicole si ma mémoire ne me joue pas trop de vilains tours. Un tout petit patelin, à peine quelques baraques qui devaient dater d’une bonne cinquantaine d’années. J’avais la dalle. Je n’avais plus rien avalé depuis le milieu de l’après-midi. Depuis, depuis… Cela ne faisait même pas une journée et j’avais l’impression d’avoir cavalé depuis toute une vie.

Je déambulai dans ce hameau riquiqui, à la recherche de quelque chose d’ouvert. Rien. Juste ces quelques maisons parsemées dans la lande. Finalement, alors que je tombai sur ce qui devait faire office de place principale, je trouvai une boulangerie. Hormis une femme qui rangeait des petits pains et autres croissants dans les étalages, il n’y avait personne. Parfait.

Une clochette se mit à sonner alors que j’ouvris la porte, avertissant les propriétaires de l’arrivée d’un client. Je ne pus m’empêcher de sursauter. Ce vieux système devenait rare, sauf dans les petites échoppes qui résistaient à la mondialisation galopante et cette fièvre des fusions et acquisitions qui dominaient l’économie. La préposée se tourna vers moi. Malgré ses yeux encore à moitié fermés, elle dégageait un certain charme. Plutôt jeune d’ailleurs. Elle me sourit timidement

« À voir votre tête, la nuit a dû être difficile, me dit-elle. Qu’est-ce que je peux vous servir ?

— Oui, c’est vrai. Je voudrais trois couques au chocolat et deux croissants s’il vous plaît.

— Hum ! Vous venez de Belgique, à ce que je vois. Il n’y a que par chez vous qu’on appelle les chocolatines « couques ». Je vous prépare cela tout de suite, monsieur.

— Merci. »

Pendant qu’elle était en train d’emballer ma commande, je sortis mon portefeuille. Pas une thune. Rien, que dalle. C’est vrai, je n’avais presque jamais d’argent sur moi, préférant toutes les transactions électroniques. C’était bien plus pratique. Cela me répugnait, mais je n’avais pas le choix.

« Ca fera trois euros soixante-quinze, monsieur. Enfin, septante-cinq, me dit-elle en souriant. »

Petite poussée.

« Mais je vous ai déjà payé ! J’attends juste que vous me rendiez la monnaie. Le billet de cinquante euros, vous vous souvenez ? »

Son visage blêmit d’un coup, elle commença à bégayer. Comme si je venais de lui foutre une frousse bleue.

« Oui, oui, Monsieur. Tout de suite. »

Elle sortit rapidement l’argent de son tiroir-caisse et me la tendit en tremblant. Je lui souris, la remerciai en lui disant de ne pas s’en faire, que dans même pas deux minutes, tout serait oublié. Puis, je pris mon sachet et sortis.

Pendant que je fermai la porte, une voiture s’arrêta devant moi, et un type en bleu de travail à moitié endormi en émergea. Il devait certainement venir chercher son petit déjeuner avant d’aller bosser. Alors qu’il me regardait, lui aussi devint blême. J’imagine que ma tête devait vraiment foutre les jetons avec la rouste que je m’étais pris la veille.

Il fallait que je me tire le plus vite d’ici. Tant pis, je tentai le tout pour le tout.

« Monsieur, j’ai besoin d’aide »

Hop, inceptionnage. Il stoppa sa course net devant moi. En l’espace d’un instant, il était devenu mon pantin qui obéirait au doigt et à l’œil de mes moindres désirs.

« Tu vas me conduire, loin d’ici. Je te dirai où t’arrêter ».

Tel un robot, il fit demi-tour et ralluma le moteur. Je m’installai à côté.

« Maintenant, démarre. Va jusque Maubeuge, ensuite on verra. »

Le voyage se fit en silence. Aucun mot n’arrivait à sortir de ma bouche. J’étais pris dans mes pensées, me demandant bien jusqu’où je pourrais aller si ça se mettait à puer du cul dans Paris. Hors de l’Union européenne, une région reculée. Loin du monde. Là, je pourrai me poser, réfléchir à ce que je pourrais bien faire pour stopper cette machination infernale qui s’abattait sur moi.

Le trajet jusque la ville dura un bon quart d’heure, toujours en passant par des petites routes. On ne rencontra personne en chemin jusqu’au faubourg de la ville frontalière. Mon chauffeur tourna son regard vers moi et me demanda où aller.

« Jusque la gare, je te laisserai tranquille après, promis ».

Il obtempéra de suite. Mais lorsqu’on arriva devant le lieu de destination. Je lui ordonnai de ne pas ralentir. Trois combis de flics étaient arrêtés devant l’entrée.

« Putain ! Roule, Forrest, roule ! Continue, ne t’arrête pas ! »

Il redémarra, je lui fis quitter la ville et lui demandait de rouler tout droit, sans s’arrêter. Maubeuge fut loin derrière nous, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Je le fis rouler, encore et encore, le faisant s’enfoncer plus profondément en France.

Ce texte vit grâce à vous. N’hésitez pas à me soutenir, via un Prix Libre, selon votre choix et de le partager autour de vous. Cette histoire, encore en cours de rédaction, est placée sous licence CC BY-NC-SA.

Image de Mycatkins sous licence CC BY-SA

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Un Commentaire

  1. Merci Greg – j’aime bien. Courage et bon moments conscient et bien présent.

Les commentaires sont clos.