L’affaire Thomas J. -3

Ce billet est la partie 3 sur 32 de la série L'affaire Thomas J.

 

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Le choc fut terrible. Le véhicule se mit à faire plusieurs tonneaux, ballottant Thomas dans tous les sens. Les chocs consécutifs lui firent perdre quelque peu conscience. A demi éveillé, une fois le fourgon de ses tortionnaires immobilisé, il entendit beaucoup de bruits venant de l’extérieur du fourgon. Il sentait l’air frais sur sa peau, et cela ne voulait dire qu’une chose: le coffre où il était enfermé semblait s’être ouvert.

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Il remarqua également des claquements de portières et des bruits de pas qui se dirigeaient vers lui. Ses ravisseurs, enfin, ceux qui semblaient avoir survécu à l’accident, vociférèrent des jurons. L’un de ceux-ci essayait de prévenir quelqu’un, certainement via leur ordinateur de bord, en disant des mots tels que alerte, attaque, rebelle. Ensuite, des détonations, semblables à des coups de feu, retentirent. Plus aucun son ne provenait de ses tortionnaires, et une voix de femme se fit entendre:

-Récupérez les données, et vite, avant que les insectes n’arrivent et nous tirent dessus comme des lapins!

-Et ça ,qu’est-ce qu’on en fait?

Entendant ces mots venant d’une voix proche de lui, Thomas supposa qu’on parlait de lui et vu juste. La voix de la femme reprit de plus belle:

-Bien qu’il ait tué Ulgur, on ne peut pas le laisser aux mains de l’œil. Emmenez-le!

Thomas se sentit soulevé de terre. Affaibli par les coups de ses tortionnaires puis par les chocs de l’accident, il n’avait pas la force de s’opposer aux hommes qui l’embarquaient. D’une voix faiblarde, il ne put dire que ces mots:

-Qui êtes-vous? Que me voulez-vous?

– « Tais-toi », dit doucement une voix d’homme. « Tu auras bientôt les réponses à ces deux questions. En attendant, laisse-toi faire, on ne te brutalisera pas. »

Thomas s’exécuta. Il fut rapidement emmené dans un autre véhicule, qui démarra en trombe. De nouveau, pas de voix de type SVA, mais bien une sorte d’ordinateur de bord. L’homme conduisant le véhicule dit juste ces quelques mots: « Affiche sur la carte les coordonnées des insectes dans le secteur. Réglage intrusions: 1000 mètres ». Peu de temps après, la femme, semblant se trouver à la place du mort, se tourna vers l’arrière et s’adressa à Thomas.

-Bon. On va te détacher. Tu vas faire bien sagement tout ce qu’on te dit, sinon on t’abandonne de suite, avec une balle dans la tête, comme tu as l’habitude de faire avec les pauvres innocents que tu dégommes.

Un des gaillards qui avait transporté Thomas enleva l’espèce de sac noir qui obstruait sa tête. Rapidement, il jeta un coup d’œil à son environnement. Le véhicule dans lequel il se trouvait ressemblait plus à une vieille épave qu’autre chose. Ce qui faisait office de fauteuil était complètement abîmé et raccommodé avec les moyens du bord. Cela devait bien être un ancien bolide tout-terrain, comme il en avait vu dans le camp adverse lors de son service en Orient, fonctionnant encore à l’essence.

Bien qu’il n’eut pas le temps d’admirer le paysage, il constata qu’il était à l’extérieur de la ville. Tout n’était que désolation, ne voyant que quelques ruines de vieilles habitations et quelques arbres morts. La vie semblait avoir quitté les lieux qu’ils parcouraient. Thomas n’avait jamais eu l’autorisation de s’aventurer en rase campagne, les voyages inter-cités se faisant à l’aide des tubes souterrains. Mais très vite, la femme devant lui capta toute son attention. Il n’avait jamais vu pareille créature: elle avait de longs cheveux oranges, et c’était la première fois que Thomas voyait pareille couleur sur une personne, des yeux verts sublimes mais perçants, comme s’ils pouvaient sonder l’intérieur de l’âme de n’importe qui. De toutes petites tâches parcouraient parcimonieusement son visage, presque de la même couleur que la chevelure de cette jolie dame. Mais ce qui dérangeait le plus Thomas était l’arme à feu qu’elle pointait dans sa direction.

-Bien. Maintenant tu peux voir.  Nous allons détacher les liens de tes poignets, et tu vas lentement mettre tes mains sur tes genoux. Et tu les y laisseras. Rappelle-toi qu’au moindre geste que je trouverai hostile ou suspect, une balle ira se loger dans ta petite tête.

L’homme qui avait enlevé le sac sortit un couteau à cran d’arrêt de sa poche. Machinalement, il appuya sur le mécanisme et la lame sortit aussitôt. Il coupa les liens de Thomas, qui exécuta immédiatement les directives de cette femme rousse fascinante. L’homme au volant, par contre, sembla s’exciter un peu et s’exclama nerveusement:

-Dépêchez-vous! Les insectes sont en route. Selon les indications du radar, ils se dirigent vers nous et en sont à 1200 mètres de notre position!

Ayant fini sa phrase, l’homme conduisant le véhicule accéléra.

-Bon. Tes petits copains sont donc à notre poursuite. Continue bien sagement à nous obéir et tout se passera bien. De toute façon, tu n’as pas trop le choix: soit l’œil nous rattrape et on y passe tous, toi y compris, soit tu fais ce qu’on te dit et tu auras une chance de survie. Tu as compris?

Thomas hocha de la tête en guise d’affirmation, tête qui commençait à se poser de plus en plus de questions: L’œil? Insectes? Et puis, qui étaient ces gens? Étaient-ce les contacts de la cible qu’il avait éliminée plus tôt dans la journée? Qu’est-ce-qu’ils lui voulaient, selon les dires de la femme, ils ne semblaient intéressés que par « des données ». Et qu’allaient-ils faire de lui? Le conducteur sembla deviner ses pensées et lui dit machinalement:

-D’abord, fais ce qu’on te dit. Ta survie, enfin, la nôtre aussi, en dépend. Ensuite, si on passe tout cela, on répondra aux questions que tu es en train de te poser.

La femme continua:

-Maintenant, tends ton poignet, celui qui te sert à faire tes paiements, ouvrir les portes, et tout le toutim à Genghis, l’homme sur ta droite. Je te préviens, ça risque de faire mal, mais crois-nous, nous n’avons pas d’autres choix.

Thomas tendit son poignet droit au gros malabar à son côté. Il devait bien faire deux mètres et faire dans les 120 kilos. Une vraie armoire à glace, qui avait une énorme balafre parcourant son visage de haut en bas, parcourant sa paupière gauche qui ne semblait plus se soulever. Et Genghis, tout en approchant la lame du poignet de Thomas, récita un texte bien étrange pour ce dernier:

-Et pour tous, petits et grands, riches et pauvres, libres et esclaves, elle fait en sorte qu’on leur mette un marque sur la main ou le front, et que personne ne puisse acheter ou vendre, sauf celui qui porte cette marque: le nom de la…

-Arrête tout de suite tes délires, Genghis! Les insectes gagnent du terrain, ils sont à 1100 mètres maintenant!

Le chauffeur semblait de plus en plus nerveux en criant ces mots. De suite, Genghis stoppa sa sorte de transe psalmodique et planta sa lame dans le poignet de Thomas.

Cette histoire est la troisième partie de L’affaire Thomas J, petite nouvelle dans l’univers 2042. Pour pouvoir continuer à écrire, j’ai besoin de votre soutien. Découvrez comment me soutenir selon votre choix!

 Image de David Saddler sous licence CC BY 2.0

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