Opération Bombe Humaine – 29

Ce billet est la partie 28 sur 32 de la série L'affaire Thomas J.

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La nouvelle avait eu l’effet d’un coup de massue pour Orbo, Bernard et Aria. Les délégués sud-américains ne comprenaient absolument pas ce qu’ils venaient de voir. Durant la première réunion, Orbo et Ishtar avaient omis le moindre détail sur ces fameuses créatures et la manière dont ils en avaient rencontré une. Ils n’avaient pas jugé cette information pertinente, pour éviter une éventuelle panique ou des discussions à n’en plus finir.

Mais d’un coup, Aria fut prise de rage et se rua sur Genghis, prête à le cogner de toutes ses forces.

— Pourquoi vous n’avez rien fait ? Vous auriez pu le sauver ! Pourquoi…

Ses forces semblaient la quitter. Genghis tenta de la prendre dans ses bras, mais elle le rejeta avec violence. Il parlait d’une voix tremblante, mêlée de colère, d’impuissance et de chagrin.

— On a rien pu faire. On était comme cloué sur place. Comme si une force nous empêchait de bouger. Et cette peur, jamais je n’en ai ressenti de pareille. Elle s’immisçait partout, jusqu’à la moindre petite cellule de nos corps. Je te jure Aria, si j’avais pu…

Il ne put continuer. La douleur était trop forte.

— C’est pour cela que l’on vous a tous fait venir ici. On ne sait pas ce qui va se passer, mais on craint le pire. C’est pourquoi, Orbo Genghis et moi on a décidé de vous emmener loin. Parce que de toute façon, c’est-ce qu’il aurait voulu. Qu’on soit en vie le plus longtemps possible, qu’on puisse réveiller le monde comme il en a toujours rêvé.

En prononçant ces mots, Harry était en train de se ressaisir. Les larmes ne coulaient plus. On sentait sa volonté se raffermir. Il voulait aller jusqu’au bout, mettre fin à cette dictature, en honneur de son ami et mentor. Il se releva d’un coup.

— Le meeting va commencer. Il est l’heure d’y aller. On prendra le temps de pleurer notre ami plus tard, mais là, il faut vraiment se barrer.

— Pour aller où ? Je comprends vos inquiétudes, mais il faudrait vraiment que nous sachions où vous comptez nous emmener. Et qu’on puisse éventuellement nous extraire.

C’était un des délégués sud-américain.

— Je comprends votre inquiétude. Il y a un abri à une petite centaine de kilomètres au nord-ouest de la cité. Une fois qu’on sera sur place, nous pourrons discuter de tout cela, et de voir comment nous pouvons procéder. Le plus important, à l’heure actuelle, c’est de sortir d’ici sains et saufs.

Genghis se leva et reprit Thomas sur ses épaules. Il était à moitié conscient, luttant entre réveil et sommeil. Il semblait peu réceptif à ce qui l’entourait. Les drogues du toubib étaient vraiment puissantes. Il fit signe à Orbo et au doc de soutenir Aria qui avait encore du mal à accuser le coup. D’un pas décidé, ils se mirent en route.

Ils arrivèrent devant ce long couloir. Harry fit signe à la troupe de s’arrêter quelques secondes et pressa son pouce dans une petite cavité sur un des murs adjacents. Il désactivait le système d’alarme, programmé pour détecter toute intrusion par ce corridor.

— On a une demi-heure pour passer la porte, alors veuillez presser le pas. Le couloir fait presque trois kilomètres.

Ils pressèrent le pas, comme si des hordes entières étaient à leur poursuite. Au bout d’un petit moment, des bruits les stoppèrent net. Ils se répétaient encore et encore, et résonnaient dans toute la cité, arrivant jusqu’à eux.

— Ce sont des coups de feu. On est en train de tirer des salves de mitraillettes.

Orbo et Aria voulurent faire demi-tour, mais Genghis se planta devant eux, leur barrant le passage.

— On a plus le temps pour ça. Même si on arrivait jusqu’à l’endroit d’où ça provient, il sera trop tard. On sera plus utiles en avançant qu’en faisant marche arrière. S’il vous plaît.

Orbo serra les poings. Son pote avait raison, il le savait. Mais il ne pouvait pas se résoudre à laisser la ville comme ça. Genghis le sentit.

— Je comprends ce que tu ressens, mon pote. Moi aussi je voudrais courir jusque-là. Mais si on se retrouve face à ce truc, on risque de finir comme Ishtar. Et tout ce que l’on a fait jusque maintenant aura servi à rien. Alors, pour l’amour de Dieu où je ne sais quoi, renonce et avance.

À contrecœur, ils se remirent en route. Le temps jouait contre eux. S’ils ne passaient pas la porte à temps, le système se mettrait à hurler dans toute la cité souterraine, et vu le temps qu’ils venaient de passer à traverser, faire demi-tour n’était plus possible. Au bout de quelques minutes à marche forcée, la porte fut en vue. Harry regarda l’heure et commença à être nerveux.

— Dépêchez-vous, il ne reste que deux minutes !

La porte était immense, faite de béton et fermée par un immense madrier. Il leur faudrait être plusieurs pour pouvoir la bouger. Ils se mirent tous à la tâche, secondant Genghis qui faisait bouger le madrier par sa simple force mentale. Aria laissa les hommes s’occuper de cela pendant qu’elle jetait tantôt un œil à Thomas, naviguant toujours entre conscience et inconscience, tantôt au couloir. Et soudain, alors que la porte était sur le point de laisser passer la petite troupe, elle lâcha un cri d’horreur.

Une forme était en train de se matérialiser devant elle, et au loin, elle apercevait des hommes en train de courir dans leur direction. Au bout de quelques secondes, la créature avait fini de se matérialiser. Yuri se dressait devant eux, rapidement rejoint par plusieurs de ses gardes.

— Ne faites pas les idiots. Il ne sert à rien de fuir. Quoique vous fassiez, on vous rattrapera.

Ils commencèrent tous à ressentir une profonde terreur s’insinuer dans leur être. Mais, contre toute attente, Genghis fit volte-face et commença à s’avancer vers leurs poursuivants. Lorsqu’il arriva à hauteur d’Aria, il s’arrêta. Il la regarda tendrement.

— Tu sais, j’aurais fait n’importe quoi pour toi. C’est maintenant que je peux te le prouver. Que tu puisses t’en aller avec lui. Parce que pour moi, te voir heureuse près de lui m’emplit de bonheur. Maintenant, va, ne te retourne surtout pas.

Elle était totalement bouleversée par ces mots. Elle voulut hurler, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Comme les autres, elle était tétanisée, incapable de faire le moindre mouvement. Elle voyait la douleur tordre le visage de Genghis. Avancer, luttant contre cette terreur, devait lui causer moult souffrances. Mais il tenait bon. Jamais elle n’avait vu Genghis se battre contre ses peurs de cette manière.

Il se tourna une dernière fois vers ses compagnons, et leur sourit.

— Maintenant, il est l’heure de partir. Prenez bien soin d’Aria.

Il se retourna prêt à affronter le Russe. Sans se retourner, jaugeant son adversaire, il leur cria une dernière fois de partir. Mais il leur était impossible de bouger, ce qui dessina un rictus malsain sur le visage de Yuri. Puis d’un coup, ce dernier cessa son sourire, laissant place à une mine indescriptible pour un humain. Il tournait la tête dans tous les sens, comme s’il cherchait la source de son tourment. C’est à ce moment-là qu’Aria se rendit compte que Thomas était debout, mais semblait toujours inconscient du monde qui l’entourait. Il semblait juste fixer le dos de Genghis, qui s’interposait entre eux et leur opposant.

Quoiqu’il se passât, cela déconcentrait Yuri, et le sentiment de terreur qui les assaillait disparut comme il était apparu. Orbo comprit qu’ils n’auraient pas une seconde chance et tira Thomas par le bras. Harry fit de même pour Aria. Ils commencèrent à s’enfoncer dans les ténèbres, de l’autre côté de la porte.

— Genghis, ne nous laisse pas !

Aria hurlait de toutes ses forces. Elle ne voulait pas le laisser là. Mais il ne bougea pas, restant tel un ultime rempart face au monstre qui les poursuivait. Lorsqu’ils furent suffisamment loin, la créature reprit son calme et fixa Genghis avec une haine dans le regard qui dépassait l’entendement.

— Bien. Ils doivent être loin maintenant. Assez loin pour ne pas ressentir l’onde de choc.

Rassemblant tout son courage, il ferma les yeux. Les parois du tunnel commencèrent à trembler. Il les rouvrit, et en l’espace d’une seconde, le souterrain s’écroula.

Cette histoire est la vingt-neuvième partie de L’affaire Thomas J, petite nouvelle dans l’univers 2042. Cette histoire et ce blog vivent grâce à vous. Merci de me soutenir, que ce soit avec un Prix Libre, en me soutenant sur Tipeee, et en partageant ce billet autour de vous. Vous pouvez également me suivre sur les réseaux sociaux Twitter, Facebook et Diaspora.

Image de IanVisits sous licence CC-BY-NC

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