L’affaire Thomas J – 17

Ce billet est la partie 17 sur 32 de la série L'affaire Thomas J.

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Genghis s’emmerdait. La technologie, c’était vraiment pas son truc. Il avait suivi Orbo dans ses appartements, et ce dernier s’apprêtait à déchiffrer la carte mémoire. Il avait fallu que le vieux lui demande de l’accompagner. Il pouvait pas faire ça tout seul ? En plus, il savait bien qu’il ne serait d’aucune utilité. Mais le vieux a dit. Genghis fait.

-T’inquiète, Genghis, cela ne prendra pas trop de temps. D’après ce que j’ai compris, la carte a été chiffrée avec une vieille technologie. Un vieux conteneur Truecrypt chiffré en AES avec un clé de 256 bits. Avec Elora et mon super script, cela ne devrait pas prendre plus d’une heure ou deux.

-Mec, je comprends rien à ton charabia. Alors épargne-moi ton langage savant d’ingénieur informaticien.

L’armoire à glace s’affala sur une des chaises de l’appart. Il jeta un coup d’oeil à rapide à celui-ci. C’était vraiment le bordel intégral. Des tas de câbles et de brols électroniques traînaient partout. Il se demandait comment Orbo pouvait s’en sortir dans tout ce bordel.

-Merde ! Où est-ce que j’ai bien pu foutre ce lecteur de carte ! Je suis sûr qu’il était par là !

Bingo. Genghis avait vu juste. Orbo était en train de se démener comme un beau diable pour trouver un lecteur machin-chouette. Au bout de quelques minutes et autres pestages, l’informaticien poussa un cri triomphal.

– Ça y est ! Il était sous les lecteurs optiques ! Mais bien sûr !

Il fonça de suite vers son ordinateur. Il ne ressemblait pas du tout aux écrans que le reste des new-new yorkais possédaient. Il était énorme, avait plusieurs écrans, et un boitier assemblé à la main. Orbo brancha le lecteur à l’énorme boite, et y inséra la carte.

-Bonjour Orbo. Je suis bien contente de vous revoir. Dites-moi, que désirez-vous faire ?

-Bonjour Elora. Lance-moi TrueCrypt. Il faut casser les clés des conteneurs qui se trouvent dans la carte que je viens d’insérer. Utilise Conan pour cela.

La voix électronique acquiesça, et immédiatement des fenêtres s’ouvrirent dans tous les sens sur les écrans. Orbo délaissa son bureau et se tourna vers Genghis.

-Voilà, y a plus qu’à attendre.

-OK. Tu crois qu’il fait quoi, le vieux avec Thomas ? Et maintenant qu’on est juste entre nous, tu en penses quoi de ce type ?

-Il doit certainement lui faire un beau petit laïus sur notre mode de vie, le rejet de la dictature des corporations. Un peu comme on a tous bouffé. Mais c’est vrai que ce mec, il est différent.

-Comment ça ?

-Tu as pas vu comment il a presque de suite activé son pouvoir, même inconsciemment ? Il nous a tous fallu des semaines pour pouvoir les utiliser, même de cette manière. Ce type, il a quelque chose.

-Ouais, quelque chose. Moi je trouve qu’il est quand même bien docile. Il nous a suivis sans faire d’histoire, sans broncher. Alors que si c’est vraiment un ancien mec des forces spéciales, il aurait pu nous tailler en pièce et se débrouiller tout seul. Je trouve ça louche, mais je dois avouer qu’il nous a quand même bien aidés.

-Arrête de voir le mal partout. Comme toi, il a été perturbé par tout ce qu’il a découvert. Son monde s’est écroulé comme un château de carte, bien plus rapidement que pour nous. Je pense que tu es un peu trop parano, l’ami.

-Peut-être. Mais une chose qui est sûre, j’aime pas comment il regarde Aria. Ni comment elle le regarde d’ailleurs.

-Ho, mais c’est pas qu’il serait un peu jaloux, le Genghis ?

Orbo rigolait. Mais il comprenait son compère. Ils avaient tous voulu approcher cette femme. Ils s’étaient tous fait rembarrer. Elle possédait comme un aimant en elle. Elle devait dégager des phéromones bien particulières, très puissantes. Même lui, qui préférait les garçons, avait eu du mal à résister tout un temps. Cela devait faire partie de son pouvoir. D’un de ses pouvoirs. C’était peut-être inhérent à sa condition de sorcière.

Ils continuèrent à discuter, de tout et de rien. De ce monstre étrange et des rencontres qu’ils avaient faites. Pendant ce temps-là, CONAN essayait tous les mots de passe possibles.

***

Aria et Thomas se regardèrent, chacun étant un peu gêné, comme des gamins qui n’osaient pas s’avouer leur attirance. Ishtar souriait, il avait vu juste. Il ne se trompait jamais.

-Bien. Mais ce n’est pas le plus important. Dis-moi Thomas, explique-moi ton ressenti sur tout ce que tu as vécu depuis la découverte de cette carte.

-Une grande confusion. Le monde s’est comme écroulé autour de moi. J’ai l’impression d’avoir été manipulé depuis ma naissance, et que tous mes gestes ont été contrôlés et décidés par d’autres. L’impression que si on dévie un tant soit peu de la route conventionnelle, on devient un paria et un homme à abattre. C’est pourquoi j’ai suivi Aria et les autres sans broncher. Ils m’ont déjà sauvé la vie, mais leur vision du mon monde et leurs capacités me semblent fascinantes. Vous semblez très âgé. Vous avez dû connaître l’ancien monde, celui d’avant les corporations. Comment est-ce que c’est arrivé ?

-On ne sait pas tout. Même moi. Les corporations sont arrivées alors que le monde allait très mal, profitant du chaos pour prendre le pouvoir. Elles étaient pourtant déjà là, bien planquées, mais en de multiples entreprises. Je soupçonne qu’en fait celles-ci s’étaient laissé corrompre et infiltrer. Mais là, ce ne sont que des suppositions, car nous ne connaissons pas la vérité. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous avons tout fait pour avoir cette carte mémoire. Car elle contient des tas d’informations. Notre contact, Ulgur, avait des amis un peu partout. Avec leur aide, il a amassé des tas de documents, qui se trouvent dans cette carte de données. Pour que nous puissions en savoir un peu plus.

-Et j’imagine qu’en échange ce ne sont pas des semences modifiées, que vous lui donniez.

-Oui. C’est l’inverse, en réalité. Une des anciennes entités de MCGM s’appelait Monsanto. Une entreprise spécialisée dans la génétique. Tout ce que vous mangez est passé dans les mains de ses labos. Maintenant, tout ce qui est naturel, dans le Nouvel Empire est illégal, car il ne rapporte aucun profit à ces entreprises.

-Mouais. J’ai beau être crédule, mais si vous voulez vraiment que je vous suive à cent pour cent, il me faudrait quand-même des preuves tangibles.

-Tu les auras. De mémoire on a un rapport de la vieille Commission Européenne. Un rapport qui date de 2013 je crois. Il indique que toutes les semences doivent être inscrites dans un catalogue et seules celles qui y figurent pourront être commercialisées ou consommées. Je demanderai à Orbo s’il peut retrouver ce papier.

-Merci. Mais il y a encore une chose qui me travaille encore bien l’esprit, et qui risque de remettre en cause pas mal de vos croyances. Parce que les types que l’on a croisés, nous ont bien fait comprendre que nous ne voyons qu’une infîme partie d’un immense iceberg. Que des « aliens » nous controleraient et sont sur terre depuis des milliers d’années…

Ishtar l’interrompit.

-Ce que vous me rapportez me perturbe, en effet. Ce n’est pas non plus la première fois que j’entends parler de tout cela. Il faut que j’y réfléchisse. Peut-être qu’on y verra un peu plus clair lorsque toutes les données que vous avez rapportées seront consultables.

-Bon. Une autre question qui me taraude: vous me dites que vous m’attendiez, que vous avez rêvé de moi. J’aimerais savoir ce que vous avez « vu », si c’est l’expression qui convient.

Le vieil homme leva la main pour interrompre à nouveau Thomas et regarda les deux jeunes gens devant lui. Ils comprirent que les mots qui allaient suivre seraient la fin de la discussion.

– On se reparlera dans quelques jours. Aria, tu t’occuperas bien de lui. Montre-lui comment nous fonctionnons, réponds tant que tu peux à ses questions. Quant à toi, jeune Thomas, découvre qui tu es. Découvre ce que tu veux. Lorsqu’on se reverra, tu me diras le résultat de ta réflexion. Ma réponse dépendra de ce que tu me raconteras.

***

-Tous les containers ont été déchiffrés !

A l’annonce de ce message vocal, Genghis et Orbo se tournèrent vers ELORA. Le deuxième se rua vers les écrans, commença à copier les données sur un autre support. Mais il ne put s’empêcher de jeter un premier coup d’oeil.

L’illusion créée par notre pacte sera si énorme, si vaste, qu’elle échappera à leur perception, et ceux qui la verront passeront pour fous.

Une goutte de sueur perla de son front. Il parcourut frénétiquement ce document, pour s’arrêter sur la dernière phrase.

L’existence de ce pacte ne doit JAMAIS, JAMAIS être révélée. Il ne devra JAMAIS, JAMAIS être rédigé ou commenté car cela  engendrerait une prise de conscience telle qu’elle attirerait sur nous la fureur du GRAND CREATEUR et nous serions renvoyés aux profondeurs dont nous venons pour y rester jusqu’à la fin des temps, pour l’éternité elle-même.

-Oh putain. Genghis, va chercher Aria. Et le vieux. Et vite !

 

Cette histoire est la dix-septième partie de L’affaire Thomas J, petite nouvelle dans l’univers 2042. Ce blog est à prix libre, car pour pouvoir continuer à écrire, j’ai besoin de votre soutien. Découvrez comment me soutenir selon votre choix!

Image de Angello Failla sous licence CC BY-NC-SA

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