Opération Bombe Humaine – 27

Ce billet est la partie 26 sur 32 de la série L'affaire Thomas J.

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– Mais qu’est-ce qu’ils foutent bordel !

Hector avait énormément de mal à masquer sa nervosité. Cette sensation dans les tripes, lui indiquant que quelque chose ne tournait pas rond, ne cessait de s’accentuer. Quelque chose de grave était en train de se produire. Il ne se trompait jamais. C’était son don, sa capacité. C’est d’ailleurs pour cela qu’il s’occupait de la sécurité de la ville depuis tant d’années.

Presque toute la ville s’était rassemblée. Il ne manquait que les plus importants : Genghis, Aria, Orbo, le Doc, Ishtar et Harry. Pas de Thomas non plus, bien sûr. Il ne lâchait pas la rousse d’une semelle. Il manquait des invités. Pas de traces de Putinkov. Pourtant, la moitié de ses hommes étaient déjà sur place. Les Latinos non plus. Franchement, ça sentait mauvais. Heureusement qu’il avait laissé quelques hommes en faction aux points clés de la cité. Puis, une voix s’affola dans son oreillette.

– Hector, je ne sais pas où ils sont ! Les Latinos, ils sont plus là ! On a fouillé tous les appartements qu’on leur avait assignés, il n’y a plus aucune trace d’eux ! Comme s’ils n’étaient jamais venus !

– Et le Russe ?

– Il refuse de quitter son appartement. Il continue à analyser les données, d’après ce que son garde à l’entrée a essayé de nous faire comprendre. On a pas pu le voir, le garde ne nous a pas laissés rentrer.

Cette sensation continua de serrer de plus en plus ses tripes.

L’impatience commençait à se ressentir dans l’assemblée. Plusieurs personnes se tournaient de temps à autre vers Hector, pour voir s’il allait annoncer quelque chose. Il ne pouvait répondre que d’un haussement d’épaules, indiquant que lui aussi attendait et que comme eux, il n’en savait pas plus.

Puis, Ishtar arriva. Il avait les traits tirés, comme pris d’une immense fatigue. La sensation d’Hector continua de croître. En plus, Genghis qui le suivait comme un petit toutou depuis hier n’était pas là. Il se plaça sur l’estrade de cette grande salle, prévue pour ce genre d’événement déjà bien avant leur arrivée dans cette ville souterraine. Il trônait encore d’ailleurs sur le mur derrière le blason de l’ancien gouvernement américain. Ils n’avaient jamais pris le temps de l’enlever. Et puis, ça permettait à certains de se rappeler qu’il existait un autre monde, bien avant l’arrivée des corporations.

Installé devant son pupitre, Ishtar leva les deux bras, comme il faisait à chaque fois pour obtenir le silence. Il ne fallut pas plus de trente secondes pour que la salle soit plongée dans le calme le plus complet. Au grand étonnement d’Hector, le vieux prit la parole en utilisant le micro. D’habitude, il n’en avait pas besoin. Il s’adressait directement par la pensée à tout le monde.

– Mes amis, je voudrais déjà vous remercier d’avoir tous répondu présents…

« Tous ? Hum, il manque du monde. Mais qu’est-ce qui se passe mon vieil Ishtar ? » Hector ne pouvait s’empêcher de remarquer tout cela, mais il tenta de repousser toutes ses pensées pour se concentrer sur le discours du vieux. Pourtant, Moebius, un type de la maintenance, ne put s’empêcher de se lever pour émettre cette remarque à haute voix.

– Euh, avec tout le respect que je vous dois, tout le monde n’est pas là. Où sont Orbo et Aria ? Et le type, là, celui qu’ils ont ramené avec eux il y a quelques jours ? La rumeur dit que c’est à cause de lui qu’on a eu cette alerte deux jours plus tôt !

– Par sécurité, pour éviter qu’un incident pareil se reproduise, je lui ai demandé de partir. Aria, Orbo et Genghis ne furent pas d’accord. Comme je ne voulais pas revenir sur ma décision, ils sont partis avec lui.

Ce fut la goutte d’eau pour Hector. Jamais il n’avait été question de remballer Thomas, même avec ce qui s’était produit. De toute façon, il avait été convenu que ce genre de décision serait pris par la ville. Il avait croisé Orbo au petit matin. Il avait l’air pressé et évasif, mais il était bien là. Il parla à voix basse dans son oreillette.

– Alpha1, tu es toujours dans le secteur d’Ishtar ? Va voir dans les appartements du vieux. Il y a quelque chose de pas net. Fais-moi ton rapport le plus vite possible.

La voix répondit par l’affirmative. Pendant ce temps, Ishtar attendait toujours que la foule se taise, bouleversée par la déclaration qu’il venait de faire.

– S’il vous plaît, je n’ai pas encore commencé, et il y a beaucoup à dire.

Les discussions commencèrent à se calmer tout doucement. Mais Hector, lui, sursauta. Alpha1 hurlait dans son micro.

– Chef, y a un problème. Ish…

Il entendit un soupir, puis un bruit sourd, comme une chute. Malgré ses appels, Alpha1 ne répondait pas. La sensation dans ses tripes devint insoutenable. Il se mit à courir en direction des appartements du vieil homme. Pressé par sa course, il entendit d’une oreille Ishtar se remettre à parler.

– Mes amis, aujourd’hui est un grand jour. Le jour que nous attendons tous depuis si longtemps. Car une nouvelle ère est à portée de main.

Hector continuait à courir, le discours ne l’intéressait plus. Il voulait savoir ce qui était en train de se tramer. Il sortit de la salle, tourna à la première intersection et tomba nez à nez sur un des gardes de Putinkov, une arme munie d’un silencieux au poing. Il n’eut pas le temps de réagir, la balle s’enfonça au milieu de son crâne.

Applaudissements et cri de joies se firent entendre dans la salle. Les New New-yorkais exultaient à l’annonce d’Ishtar. Alors qu’ils ne pouvaient retenir leurs cris de joie, les hommes de main de Putinkov rentraient en nombre dans la salle. Les portes se claquèrent. Et d’un coup, l’atmosphère devint lourde, pesante. Les cris de joie se turent en instant, tous se sentirent cloués sur place, incapables de bouger le petit doigt.

– Oui, aujourd’hui est un grand jour ! Car aujourd’hui, la plus grande cité rebelle du continent américain cessera d’exister. Car aujourd’hui, ce plan mis en marche depuis si longtemps est sur le point de se concrétiser. Aujourd’hui marque le début de la domination totale du Nouvel Ordre Mondial !

La terreur s’insinua dans chaque cœur, et tous furent pris d’horreur. Le vieil homme tant aimé qui conseillait tous les habitants n’était plus l’homme charmant qu’ils connaissaient tous. À sa place se dressait un être humanoïde dont la peau était recouverte d’écailles, les yeux remplis d’une haine intense et sauvage. Un reptile à forme humaine.

Les coups de feu, par centaines, se firent entendre dans toute la cité souterraine. Sur l’estrade, au beau milieu de ces corps qui s’écroulaient les uns après les autres, un être humanoïde se reput du massacre et du sang.

Cette histoire est la vingt-septième partie de L’affaire Thomas J, petite nouvelle dans l’univers 2042. Cette histoire et ce blog vivent grâce à vous. Merci de me soutenir, que ce soit avec un Prix Libre, en me soutenant sur Tipeee, et en partageant ce billet autour de vous. Vous pouvez également me suivre sur les réseaux sociaux Twitter, Facebook et Diaspora.

Image de Scott Law sous licence CC-BY-NC-ND

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