Opération Bombe Humaine – 26

Ce billet est la partie 25 sur 32 de la série L'affaire Thomas J.

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Allez, il est grand temps de rattraper le retard! Opération Bombe Humaine reprend début d’année prochaine!

Non, Genghis n’aimait vraiment pas ce type. Yuri Putinkov. Son air suffisant, ses petites manières. Le fait d’avoir convoqué cette réunion à huis-clos alors que ce qui était convenu était une réunion avec toute la ville. Mais ce qui lui plaisait le moins, c’était son regard. Il l’avait rempli d’effroi. Il semblait avoir déjà vu ce regard. Mais où ? En plus, personne ne semblait l’avoir remarqué à part lui.

Il était posté derrière le vieux. Il lui avait demandé de ne pas le quitter d’une semelle. Ils se trouvaient là, avec Orbo, Harry, Hector et le type qui s’occupait de l’intendance : le mulot. Ensemble, ils formaient le conseil de New New-York, et face à eux se trouvaient les types les plus puissants du monde libre : Yuri Putinkov, qui représentait la Russie, Xi-quelquechose, un Chinois, et d’autres mecs du continent Sud-américain dont il n’avait pas réussi à retenir les noms. Pas de dissidents de la vieille Europe ni des quelques petites enclaves du continent, ils n’avaient pas réussi à passer entre les mailles du filet. C’était ce Ruskof qui menait la discussion et franchement, ça ne lui plaisait pas à Genghis. Les autres acquiesçaient à tout ce qu’il disait sans broncher, comme si son charisme naturel les avait envoûtés.

Orbo parlait de toutes leurs découvertes. L’avènement de l’Empire, le pacte secret retranscrit mais aussi tout le fonctionnement des puces. Il termina avec Thomas et cet implant bizarre qu’ils venaient de trouver dans son crâne. Il fit tourner cette fameuse pièce, ainsi qu’un petit bocal de formol avec l’espèce de ver qui le renfermait. Tous semblait horrifiés par cette découverte. Tous avaient du mal à contenir leur sang-froid. Excepté un. Ce Ruskof sûr de lui et prétentieux.

– Je ne pense sincèrement pas que ce soit possible. Une puce à moitié organique ? Vous êtes sûr que vous n’êtes pas en train de vous moquer de nous ?

Orbo s’était attendu à une telle réticence et passa directement les schémas et les compte-rendus sur le projet « Bombe Humaine » sur un grand écran. Il continua.

– Visiblement ils ont été plus loin, comme l’atteste ces pièces qu’on a retrouvés dans le corps de Thomas. On ne sait pas vraiment ce qui a provoqué le dysfonctionnement de la puce. Notre ami a comme qui dirait explosé de colère. On ne sait pas si c’est sa force mentale, ses capacités qui ont neutralisé la puce ou si elle a juste mal fonctionné. En tout cas, je pense qu’on a de la chance d’être encore en vie. Car si le processus avait été jusqu’au bout, je pense que la ville souterraine aurait été rayée de la carte.

Hector ne put qu’approuver la conclusion d’Orbo. Il n’osait pas imaginer les conséquences si ce machin avait fonctionné. Un des latino-américains, sous le choc avec toutes les révélations, parla d’une voix tremblante.

– Si votre ami n’est pas le seul, on a un sérieux souci à se faire. Imaginez qu’ils envoient des agents sous couverture avec ces types de puces ? Si cela n’a d’ailleurs pas déjà été fait ? Si vous dites qu’elles sont indétectables, comment les repérer ?

Toutes ces questions furent suivies d’un brouhaha assourdissant. Les invités émettaient leur avis, leurs craintes. Ils partageaient cette peur. Personne n’attendait son tour pour prendre la parole. La peur se lisait sur le visage de tous. Seul Putinkov était calme, son visage toujours impassible. Ishtar leva les deux mains, en signe d’invitation au silence. Il attendit que tout le monde se taise et se calme.

– Il ne sert à rien de céder à la panique. Cela ne ferait que nous desservir. Nous avons ici une opportunité formidable. Nous avons tellement d’informations, tellement de pistes à explorer. Nous avons l’opportunité d’affaiblir les corporations. C’est peut-être même l’unique occasion que nous attendons tous pour mettre fin une bonne fois pour toutes à cet empire corpocratique. Faisons plus tôt travailler toutes nos méninges afin de dégager un plan d’action. Orbo nous l’a déjà signalé, avec tous les schémas techniques qu’on a trouvés, il est possible de désactiver les puces et avec un bon piratage d’effacer les bases de données. La surveillance et l’esclavagisme éradiqué en quelques secondes. Tout le système qui s’écroule : plus de données sur personne, sur les comptes en banque, permettrait à n’importe qui de repartir à zéro.

– Ce serait le chaos le plus complet.

La voix du représentant chinois était grave en prononçant ces mots. Suite aux regards interrogateurs de l’ensemble des participants au meeting, il poursuivit.

– Vous devez réfléchir aux conséquences : si vous faites simplement ce que vous dites, les gens ne comprendront pas ce qui leur arrive. Ce sera un chaos sans précédent. Les pillages seront réprimés avec violence par toutes les forces des corporations. Hormis un massacre, je ne vois pas ce qui en résulterait d’autre.

– Vous avez une suggestion à nous faire, demanda Ishtar.

– Oui. Mais il faut trouver le moyen d’y arriver. Toute l’information est diffusée par une seule corporation. Si on arrivait à s’y introduire, on pourrait diffuser au monde entier toutes les informations qui ont été récoltées. L’information arriverait sur tous les terminaux simultanément : les écrans, mais aussi les lunettes. On diffuse avec ces infos des messages, incitant aux gens à ne pas céder à la panique et de se rassembler pour arrêter ces imposteurs. C’est également le meilleur moyen d’informer les hommes à la solde des corporations, qu’ils se rendent compte de ce qui se passe réellement. Je suis sûr qu’en procédant ainsi ils se détourneront de leurs maîtres et donc on évitera un massacre inutile.

La proposition sembla faire l’unanimité, et rapidement, le sud-américain qui avait parlé quelques instants plus tôt apporta l’élément qui pourrait mettre cette idée à exécution.

– Je crois que j’ai la solution. Nous avons un contact bien placé dans les bureaux de MCGM. Il nous a expliqué qu’ils avaient un accès direct aux consoles de diffusion de Deisny pour le contrôle des informations et les modifier dans le cas où l’urgence s’en ferait ressentir. C’est grâce à cela que nous avons pu, par exemple, déjouer toutes les tentatives d’attaque ou de diffamation envers le Brésil. Cependant, c’est quelqu’un d’extrêmement méfiant. Il ne se laissera approcher que par Carlos, mon conseiller, ou moi-même.

Les sourires sur les visages en disait long : tout le monde semblait satisfait. Ils avaient une ébauche de plan. Il ne restait plus qu’à fignoler tous les détails.

– Bien, je crois que nous avons la solution. Je propose qu’on se revoie tous demain, après le grand meeting et commencer à planifier concrètement notre action. Vous devez tous être fatigué, avec votre voyage. Une bonne nuit de repos pourrait être salvatrice et nous apporter des idées supplémentaires.

Après avoir prononcé ces mots, Ishtar se leva, invitant tout le monde à regagner les quartiers qui leur avait été attribué.

Mais avant qu’il ne puisse sortir de la pièce, il fut attrapé par Yuri qui lui chuchota quelques mots à l’oreille.

– Avant de commencer à élaborer concrètement le plan, j’aimerais discuter et analyser toutes les pièces avec vous, en tête à tête. Cela vous convient-il si je passe vous voir ce soir ?

Le sourire d’Ishtar lui confirma que le rendez-vous était pris. Mais Genghis, qui avait entendu les dires de Yuri, ne put réprimer à nouveau un sentiment d’effroi.

Cette histoire est la vingt-sixième partie de L’affaire Thomas J, petite nouvelle dans l’univers 2042. Cette histoire et ce blog vivent grâce à vous. Merci de me soutenir, que ce soit avec un Prix Libre, en me soutenant sur Tipeee, et en partageant ce billet autour de vous. Vous pouvez également me suivre sur les réseaux sociaux Twitter, Facebook et Diaspora.

Image de Michael Jones sous licence CC-BY-NC

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