Opération Bombe Humaine – 30

Ce billet est la partie 29 sur 32 de la série L'affaire Thomas J.

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Accablés par le chagrin, ils peinaient tous à avancer. En l’espace de quelques instants, ils avaient perdus tous leurs proches. Ils ne pouvaient s’arrêter de penser à eux. Ils ne pouvaient non plus rebrousser chemin. Le tunnel s’était effondré derrière eux, emportant Genghis mais aussi cette créature. Thomas était retombé dans sa léthargie, porté à tour de rôles par deux de leurs compagnons de fortune sud-américains. Les autres à bout de force avec les événements qui venaient de se produire puisaient dans leurs derniers retranchements pour avancer.

Après quelques kilomètres, le béton fit place à des parois rocheuses. Une grotte. Entourés par une myriade de stalactites et stalagmites, avec pour seul bruit quelques gouttes d’eau qui s’écrasaient au sol. Et rapidement, ils aperçurent la sortie. Harry fit signe à tout le monde de s’arrêter.

– Il vaut mieux s’arrêter maintenant. Il fait encore jour, vaut mieux attendre la nuit pour s’aventurer au-delà. Profitons-en pour nous reposer.

Il ne leur en fallait pas plus et s’écroulèrent tous sur le sol. Pendant des heures, personne ne prononça le moindre mot. Tous étaient plongés dans leurs pensées, dans leur peine, chacun essayant d’accepter les récents événements à leur manière. Alors que le jour commençait à décliner, Orbo et leurs invités se rapprochèrent d’Harry.

– Dis-nous au moins où tu nous emmènes.

– Il y a un point de replis, comme je l’ai dit. Là-bas, on y trouvera du matériel, des vivres et on pourra se reposer. Seuls Ishtar, Hector et moi connaissions l’endroit. Pour éviter que la découverte de l’endroit ne tombe dans des oreilles indiscrètes. Il est toujours en zone déclarée sinistrée par les corporations, on ne devrait donc tomber sur personne. Mais comme il leur arrive d’envoyer des drones patrouiller dans la lande, il vaut mieux voyager de nuit. Autant rester le plus prudent possible.

Ils attendirent que le soleil passe entièrement la ligne d’horizon et se remirent en route. Ils se trouvaient dans ce qui devait être autrefois un bois. Les différentes guerres et conflits, parvenus jusqu’au continent américain, en avait fait une terre désolée, aride. Quelques arbres se dressaient encore à quelques endroits, mais étaient calcinés. Il n’y avait plus aucune trace de végétation, comme en de multiples endroits sur le sol des anciens États-Unis d’Amérique.

Ils mirent quelques jours pour arriver au point de chute. Leur progression n’était pas rapide, s’arrêtant la journée pour se mettre à couvert et avançant à tâtons la nuit avec une seule lampe de poche pour toute la compagnie. De plus, Thomas n’était pas encore totalement opérationnel. Toujours très faible, il était soutenu par ses compagnons. Il commençait à reprendre doucement ses esprits, mais aucun mot ne sortait de sa bouche. Il semblait totalement perdu dans ses pensées. Finalement, ils arrivèrent éreintés devant ce qu’il leur semblait être un entrepôt abandonné.

La bâtisse était totalement en ruine. Quelques pans de murs subsistaient çà et là, les vitres avaient été soufflées il y a bien longtemps par une quelconque explosion. Le toit s’était envolé ou effondré. Des débris s’amoncelaient partout sur le sol, entourant l’édifice sur une bonne cinquantaine de mètres. Harry semblait soulagé.

– On est arrivés

– Mais il n’y a rien ici !

La petite compagnie n’arrivait pas à embrasser l’enthousiasme du petit binoclard. Au contraire, ils semblaient tous quelque peu abattus. Ils pensaient trouver un abri convenable, à la place ils n’avaient même pas un toit pour se protéger de la pluie.

– Ne vous inquiétez pas, on a tout prévu. C’est une vieille planque à Ishtar, juste avant qu’il fonde New New-York.

Alors qu’ils s’apprêtaient à pénétrer dans ces murs qui tenaient encore debout par magie, Thomas qui arrivait à marcher sans aucun soutien, s’arrêta net. Les yeux vitreux, il regardait dans le vide, totalement absorbé par ses pensées. Il ne murmura que quelques mots.

– Danger. Nous sommes tous en danger.

Ignorant l’avertissement de Thomas, Harry se remit en route. Mais il ne fit pas plus que quelques pas. Un bruit strident se fit entendre dans toute la lande. Des ombres, en provenance de divers tas de débris ou planqués derrière des restes de parois, se mirent en mouvement. Ils furent rapidement entourés par une dizaine d’individus. Ils étaient vêtus de fringues récupérées on ne sait où, rapiécées, raccommodées avec les moyens du bord. Mais ils étaient tous armés jusqu’aux dents et pointaient leurs flingues en direction des rescapés.

Leurs mines étaient patibulaires, ravagées par la vie sauvage, sans aucun confort. Une vie de lutte permanente pour simplement arriver à survivre, pour tenir un jour de plus. L’un d’entre eux, un homme à la peau basanée, s’avança vers le petit groupe. Armé d’un vieil M5, il pointait son arme en direction d’Harry dont les genoux commençaient à flageoler.

– Des maraudeurs, c’est bien notre chance.

Orbo avait juste murmuré ces mots à Aria et Thomas. Il en avait déjà rencontré par le passé. C’étaient de gros rustres qui parcouraient tous les territoires désolés. Aucune culture ou éducation, ils se contentaient de piller ce qu’ils trouvaient pour survivre. C’était généralement le plus costaud qui faisait office de chef, après avoir tabassé tous ceux qui contestaient son autorité.

– Qui êtes-vous ? Qu’est-ce que vous venez faire sur mon territoire ?

La voix du gars était remplie de suspicion et dégageait une certaine autorité naturelle. Ses yeux inspectaient chaque intrus, tel un radar dernier cri auquel rien n’échappait. Orbo s’avança et prit la parole au nom de tout le groupe.

– Nous ne faisons que passer, et cherchons un endroit où nous reposer. Nous ne sommes pas armés et nous ne vous voulons aucun mal.

– Mouais. Y sont plutôt rares les promeneurs dans ce coin. Les seuls qui s’aventurent ici, ce sont les mecs en noir des villes et leurs satanées machines volantes.

– Je vous assure. On a eu de gros problèmes. On vivait dans une ville souterraine à quelques jours de marche d’ici. Mais on s’est fait attaquer.

– Il n’y a pas de ville souterraine. La direction que vous indiquez, c’est l’océan. Arrêtez de vous foutre de notre gueule.

Les acolytes du type basané se rapprochaient de plus en plus des intrus. Et tous continuaient de braquer leurs armes. Un des types, s’approcha d’Aria, limite la bave pendue aux lèvres.

– Regardez-moi ce joli petit bout de femme ! J’en ai jamais vue de pareilles !

Il se rapprocha de la jeune femme, tendant une main pour caresser sa joue. Mais elle n’atteint pas sa cible. En moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, Aria lui avait fait une clé de bras et maîtrisant totalement son assaillant. Le cliquetis des flingues qu’on armait résonna dans les ruines.

– Rappelez votre gars, ou je lui bousille le bras.

– Je crois que tu n’es pas en position de négocier quoi que ce soit, ma chérie.

Aria ne lâcha pas sa prise, et continua de serrer. Le type hurla. Mais Thomas, s’approcha d’Aria, lui demandant d’abandonner sa prise.

– Lâche-le. Ce n’est pas lui, ni eux le danger. Il se rapproche. Je le sens. Il est très près.

Aria regarda Thomas d’un air interrogateur sans pour autant montrer un signe de relâchement. Mais soudain, un des maraudeurs hurla. Des bruits de moteur d’hélicoptères et de drones résonnèrent tout à coup, troublant la quiétude de la campagne.

Cette histoire est la trentième partie de L’affaire Thomas J, petite nouvelle dans l’univers 2042. Cette histoire et ce blog vivent grâce à vous. Merci de me soutenir, que ce soit avec un Prix Libre, en me soutenant sur Tipeee, et en partageant ce billet autour de vous. Vous pouvez également me suivre sur les réseaux sociaux Twitter, Facebook et Diaspora.

Image de Bureau of Management Oregon and Washington sous licence CC-BY

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