Opération Bombe Humaine – 23

Ce billet est la partie 22 sur 32 de la série L'affaire Thomas J.

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Thomas s’était endormi, paisiblement bercé par la douce Aria. Elle se releva et ferma la porte de leur nouvelle demeure. Hector les avait relogés dans un coin reculé de la ville souterraine, à l’écart des centres névralgiques de la cité. Il craignait bien trop que l’incident se reproduise et préférait ne pas prendre de risques inutiles. Harry attendait patiemment la jeune femme dans le couloir.

— Comment va-t-il ?

— Il est vraiment faible. Comme si cette colère soudaine avait puisé toute son énergie vitale.

— C’est un peu normal, non ? On est tous passé par là. Néanmoins, il va vite falloir qu’il apprenne à contrôler son pouvoir, car avec la puissance qu’il arrive à dégager, s’il ne la contient pas, on court à la catastrophe.

— Je sais.

Aria s’arrêta net de parler. Elle pensait à Thomas et à ce qui venait de se passer quelques heures plus tôt. Ils avaient frôlé la catastrophe. Elle redoutait les événements futurs. Le conseil de la ville allait se rassembler, et clairement l’incident serait mis sur le tapis. Elle doutait que la ville accepte qu’il reste dans ses murs. La majeure partie des habitants étaient des gros pleutres et les extracteurs, qui s’aventuraient hors des murs de la ville étaient vraiment peu nombreux. Alors un danger incontrôlable tel que Thomas dans leur cité ? Ils feraient comme ils avaient fait par le passé lorsqu’un étrange homme aux cheveux argentés s’était présenté : chassé comme un malpropre.

— Je pense que je sais ce qui te préoccupe. Oui, il faudra faire attention à ce que l’on dit durant cette réunion. Surtout que des émissaires étrangers ont annoncé leur venue pour les révélations qu’on a à dévoiler. Mentir n’est pas la solution, tu le sais bien, il faut juste à bien présenter les choses avec les bons mots. Je suis sûr qu’Ishtar saura quoi faire.

— J’aimerais avoir ton optimisme.

Aria se laissa choir contre le mur. Harry lui fit un sourire et puis s’en alla, en lui disant juste que tout allait bien se passer. Mais elle, submergée par les émotions fortes qu’elle venait de subir se laissa envahir par les larmes. Après quelques minutes, elle s’arrêta subitement. Elle sentait une présence qui se rapprochait d’elle.

***

Thomas était dans un grand couloir tout peint de blanc. Ses pieds et poings étaient liés à un lit d’hôpital qui le conduisait vers une salle dont il ignorait tout. Des hommes et femmes, masqués par un masque de chirurgien, ne semblait même pas le regarder ou s’intéresser à lui. Les pensées se bousculaient à cent à l’heure dans sa tête : « encore une opération », « qu’est-ce qu’il vont me faire cette fois-ci »,… Il voulait tenter de se débattre, mais il se rendit compte que tous ses muscles étaient engourdis, comme s’il avait été quelque peu drogué. Au bout de quelques minutes, ils étaient arrivés dans une grande salle d’opération.

Il fut placé au centre de celle-ci, où deux autres personnes l’attendaient. Il remarqua un troisième personnage, dans un coin de la pièce, qui semblait être là pour observer le bon déroulement de l’opération. Mais quelque-chose clochait. Il voyait comme des ondes fluctuer sur le peu de peau visible de cette personne, elle aussi masquée par tout un attirail de bloc opératoire. Il tenta de l’observer un peu plus. Il vit subrepticement changer ses yeux, qui furent remplacés un instant de seconde par des yeux de reptiles, mais par moment la peau devenait verdâtre. Il fut rempli d’effroi : était-ce les produits qu’on lui avait administré qui provoquaient un tel changement, son esprit lui jouant des tours ? Ou bien était-ce comme cette créature qu’il avait croisée dans ces sombres tunnels avec ses nouveaux compagnons ?

Thomas hurla. Mais il fut étonné par sa voix. C’était celle de son enfance, lorsqu’il était gamin, enfermé dans cet institut où on lui prodiguait une éducation digne de commandos. Un des hommes s’approcha de lui.

« Ne crains rien », lui dit-il. « Tu auras juste un petit peu mal quelques secondes. Ce sera vite passé ». Mais Thomas continuait à hurler. Des tas de souvenirs remontaient à la surface, bien enfouis dans son subconscient. Il se revoyait manipulé par tous ces hommes et femmes qui faisaient des tas d’expérience sur son pauvre petit corps. Et il revit l’homme qui s’était occupé de lui, des larmes plein les yeux lorsque des types en noirs étaient venus le prendre pour l’emmener dans cet institut.

Une femme s’approcha de lui, une seringue à la main. Quelques secondes après avoir inséré un nouveau produit dans le bras du garçon, les cris cessèrent. Malgré qu’il soit dans les vapes, Thomas entendit bien les mots du chirurgien en chef.

— Bien. On va commencer. Insertion de la puce de test 6B. Préparez l’incision au niveau du lobe temporal gauche.

Alors que cet homme s’approchait avec un scalpel, Thomas sombra dans l’inconscience.

Il se réveilla, à nouveau dans une grande salle blanche. Mais cette fois, il n’était pas attaché. Face à lui, se trouvait un homme. Il le reconnut aussitôt. Cet homme, c’était son confident, son ami. Lui qui malgré les consignes, exhortait Thomas à apprendre à utiliser ses capacités.

— Concentre-toi encore une fois.

Thomas ferma les yeux. Il se laissait envahir par les sons et l’atmosphère environnante. Il arrivait à visualiser toute la pièce, et se concentra sur une petite bouteille en verre, à l’opposé de la pièce. En poussant sa concentration à son paroxysme, il arrivait à contempler toute sa structure : les molécules imbriquées les unes aux autres formant ce cylindre transparent. Toujours mentalement, il tenta de pousser les molécules, de les agiter, de les déformer. Il entendit un bruit de verre brisé. Lorsqu’il ouvrit les yeux, la bouteille n’était plus qu’un amas de verre sur le sol.

— C’est bien mon grand. Je suis fier de toi.

La voix dégageait une intonation paternelle, emplie de fierté et d’admiration. Thomas ne put se contenir et se jeta dans les bras de l’homme qui l’encourageait. Il se souvenait. Il aurait tant voulu l’étreindre encore une fois. Lui dire tant de mots qu’il ne pouvait échanger avec lui. Le remercier, lui dire qu’il l’aimait, qu’il avait été comme un père pour lui. Il ferma à nouveau les yeux.

Thomas se retrouva ensuite dans un grand réfectoire, avec des tas d’autres enfants de son âge. Ils étaient dans ce grand institut, à l’écart de la population. Tous avaient les yeux rivés vers un grand écran au fond de la salle. On y passait les actualités, et subitement le présentateur changea de ton. Une information capitale venait de tomber de la part du service de sécurité de MCGM. Un homme qui avait volé des documents importants et saboté des recherches était en fuite et activement recherché. Lorsqu’il vit le portrait de la personne qui était activement poursuivie, il dut cacher sa stupéfaction. Ce n’était que Bernard. Maintenant il se rappelait son nom. Il éprouva un soulagement. Malgré ce qu’il avait supposé plus tôt, il avait réussi à s’échapper des griffes des sbires de la corporation. Et il se mit à espérer. Peut-être était-il encore en vie !

Lorsque Thomas se réveilla, il vit Aria, assise sur une chaise tout près de lui. Il se mit à éprouver une sensation étrange au niveau du lobe temporal gauche.

Cette histoire est la vingt-troisième partie de L’affaire Thomas J, petite nouvelle dans l’univers 2042. Cette histoire et ce blog vivent grâce à vous. N’hésitez pas à me soutenir, que ce soit avec un Prix Libre, en me soutenant sur Tipeee, et en partageant ce billet autour de vous. Vous pouvez également me suivre sur les réseaux sociaux Twitter, Facebook et Diaspora.

Image de Fernando Rodriguez sous licence CC BY-NC-ND

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