Opération Bombe Humaine – 33

Ce billet est la partie 32 sur 32 de la série L'affaire Thomas J.

14660851942_ca157a46db_z

« Bon, résumons toutes les données que nous avons, si vous le voulez bien ».

Thomas avait demandé à ce qu’on lui explique en détail le plan qui avait été décidé par ce « conseil restreint ». Avec toutes les informations qu’on lui avait données ces dernières heures, il fit une synthèse pour voir s’il avait tout correctement assimilé. Entre temps, Ismaïl, le « chef » des maraudeurs, les avait rejoints.

« Le but est donc de parasiter toutes les puces et les rendre inactives. Pour cela, il faut arriver à pirater le système informatique des corporations. En même temps, pour éviter toute panique, pour réveiller les citoyens, il faut interrompre les programmes et diffuser sans discontinuer toutes les informations amassées dans la carte de donnée. Pour ce faire, nous avons le contact d’Ernesto qui a un accès direct aux consoles de diffusion.

Il y a cependant un gros problème : ce Russe-lézard. On ne sait pas qui il est. Et mon petit doigt me dit que c’est un ponte ou un alors un contact privilégié des corporations. »

Ernesto interrompit Thomas.

– Oui, c’est à peu près cela La seule différence est qu’il ne sait pas du tout comment mon contact et moi rentrons en contact. Hors je sais exactement comment l’atteindre physiquement, et ça je crois qu’il ne s’y attend pas.

– D’accord. Mais quoi qu’il en soit, les forces de sécurité risquent d’être au courant du projet. Toutes les personnes ayant accès aux consoles de diffusion risquent d’être étroitement surveillées.

– Non. Justement, la surveillance y est presque nulle. Cette tour de sécurité est l’un des endroits les moins surveillés de Denver.

Tout le monde se tourna vers Ernesto, qui se mit à parler avec plus d’assurance.

« Oui. Je sais me rendre physiquement à cet endroit. Il y a certains tunnels qui y passent. Pas ou peu de sécurité, ils sont inconnus du grand public, seulement de quelques dignitaires et personnes de confiance. Ils les utilisent pour se déplacer sans éveiller les soupçons. Ces lieux sont le meilleur endroit pour discuter en toute sécurité, loin des yeux et des oreilles des corporations. Je m’y suis rendu deux fois pour échanger des documents avec mon contact. On pourrait même s’y planquer avant de passer à l’action.

– Mouais. Cela pourrait être une idée. Il y a un gros hic cependant : arriver à Denver. C’est loin, on est pas motorisé. Et puis, il faut rentrer dans la ville. Avec nos tronches qui ont été placardées partout, ça risque de ne pas être une franche partie de rigolade. »

Orbo avait vu juste en prononçant ces mots. Mais la solution, contre toute attente vint d’Ismaïl.

« Vous n’êtes plus seuls maintenant. On peut vous aider. Nous avons deux H2, on peut vous en passer un. Il faut aussi que nous fassions notre part du boulot. Je vais en parler avec mes gars, je suis sûr qu’ils n’émettront pas d’objection. Je vais directement aller leur en parler. »

Ismaïl se leva et quitta la pièce. Aria reprit la parole. Elle était en terrain connu. Elle avait dirigé pas mal d’opérations d’extractions, traversé en long et en large le continent américain pour les citoyens de New New-York.

« Ok. Si on arrive à avoir un de ces Hummer, avec les vieux relais que l’on utilisait avant qu’on chope Thomas, il y a des chances d’avoir suffisamment d’essence pour aller jusque Denver. Néanmoins, le voyage risque d’être difficile. 3000 kilomètres à parcourir, tout en évitant les villes et zones occupées, cela va être pénible. Pas sûr qu’on arrive en un seul morceau. Alors, avant d’aller plus loin, vu que l’on a pas d’autres possibilités, si quelqu’un ne se sent pas capable de parcourir cette distance, qu’il le dise tout de suite. »

Un long silence s’installa dans la pièce. Personne ne pipa mot, personne n’osa jeter le moindre regard à ses semblables, comme si une gêne s’était insinuée dans tout un chacun. Au bout de quelques minutes, Harry se leva.

« Je suis de tout cœur avec vous. Mais je ne m’en sens pas capable. En plus, il n’y aura pas assez de place pour tout le monde. Je pense que je serai plus utile ici. Aider ces gens. Et puis, si je vois du nouveau par le biais des télécrans, je pourrai vous transmettre les infos.

– Je comprends, dit Aria. Ne t’inquiètes pas, personne ne t’en voudra. Et tu as raison, quelqu’un qui reste ici pour nous informer au cas où les événements prennent une mauvaise tournure nous aidera à mieux anticiper. Merci en tout cas pour ton dévouement toutes ces années.

– Je reste, moi aussi. Je ne vous serai d’aucune utilité. Je ne sais pas me battre. Ernesto vous accompagnera, sans lui, vous ne pourrez pas accomplir grand-chose. »

Le délégué brésilien s’était levé, laissant Ernesto abasourdi. Il ne s’était absolument pas attendu à une pareille décision de sa part. Ils échangèrent quelques mots en portugais. D’abord de manière assez virulente, surtout de la part d’Ernesto, puis il sembla se résigner face à quelque mot rassurant de son supérieur.

Aria attendit que le silence revienne pour reprendre la parole.

« Il n’y a pas une minute à perdre. Préparez des vivres, des armes et de quoi communiquer avec cet endroit. Harry connaissant bien les lieux, il nous aidera à trouver tout ce dont on a besoin. Ensuite reposez-vous au maximum. Nous partirons dès la tombée de la nuit. »

En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, tout le monde était debout, prêt à agir. Alors qu’ils franchirent la porte, ils se retrouvèrent face aux maraudeurs, Ismaïl au premier rang.

« Nous sommes donc d’accord. Nous vous donnons un de nos H2. Ce n’est qu’une modeste contribution de notre part, et si nous pouvons faire autre chose pour vous aider dans notre tâche, n’hésitez pas à nous le faire savoir. »

Un des plus jeunes maraudeurs qui avait tenu en joue la petite troupe s’avança.

« Je veux venir avec vous. Je veux me battre. Ma mère a été torturée par des hommes des corporations. »

Aria s’avança vers lui, en souriant.

« -Tu m’as l’air bien jeune, et c’est un voyage dangereux que nous allons entreprendre. Tu risques, comme nous, d’y perdre la vie. Es-tu bien sûr de vouloir nous accompagner ?

– Oui. Je veux leur rendre la pareille. Je veux que ces atrocités changent. »

La détermination se lisait dans son regard. Aucune hésitation. Harry se rappela de sa première rencontre avec Aria. Il retrouvait la même force, le même courage qu’il avait aperçu dans les yeux de la jeune femme. Elle sembla aussi reconnaître ce regard décidé.

« Comment t’appelles-tu ?

– Viktor, Madame.

Aria se tourna vers Ismaïl, qui approuva d’un hochement de tête, comme s’il avait deviné l’intention de l’extractrice.

« Bien, jeune Viktor. Prépare tes affaires. On s’en ira dès la tombée de la nuit.

La joie illumina le visage du jeune Viktor, qui s’éloigna pour faire ses adieux et préparer son paquetage. Ismaïl se rapprocha du groupe.

« C’est un bon gars. Il a pas mal souffert, mais grâce à cela c’est devenu un combattant hors-pair et loyal envers ses camarades. Il ne vous fera pas défaut. Veillez bien sur lui. »

Il se détourna, demandant à ses hommes de préparer le H2.

La nuit tomba assez vite. Près des escaliers menant à la sortie du bunker, les deux groupes s’étaient rassemblés. Harry avait un pincement au cœur. Viktor embrassa ses camarades. Aria, Thomas et Orbo remercièrent les maraudeurs. Ismaïl prononça quelques mots.

« Vous êtes porteurs d’un message d’espoir. Vous êtes la clé pour un monde meilleur, un monde plus juste où la tyrannie tombera dans l’oubli. Toutes nos pensées seront tournées vers vous. Bonne chance. »

Thomas et Aria firent un dernier salut de la main en sortant de l’abri. Une fois la porte fermée, Harry éclata en sanglot. Il le savait, il le ressentait au fond de lui. C’était la dernière fois qu’il voyait ses amis vivants.

Cette histoire est la trente-troisième partie de L’affaire Thomas J, petite nouvelle dans l’univers 2042. Cette histoire et ce blog vivent grâce à vous. Merci de me soutenir, que ce soit avec un Prix Libre, en me soutenant sur Tipeee, et en partageant ce billet autour de vous. Vous pouvez également me suivre sur les réseaux sociaux Twitter, Facebook et Diaspora.

Image de Neil Moralee sous licence CC-BY-NC-ND

Series Navigation<< Opération Bombe Humaine – 32


Les commentaires sont clos.