L’affaire Thomas J. – 1

Ce billet est la partie 1 sur 32 de la série L'affaire Thomas J.

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« Salopard de resquilleur » se dit Thomas à l’encontre du cadavre frais qui gisait à ses pieds. Il rangea son arme encore fumante dans son holster. Pour lui, la journée était presque finie, il ne lui restait plus qu’à attendre l’arrivée du service de nettoyage. Pas besoin de les appeler, le service, grâce à la caméra de ses lunettes, avait déjà vu toute la scène. Il serait là d’ici une dizaine de minute. Les nettoyeurs de MCGM étaient vraiment efficaces: en un rien de temps, plus de traces sur le lieu de l’exécution. Les traces de sang, les témoins éventuels, ainsi que toutes données sur le contrevenant disparaissaient en quelques minutes. L’opinion publique ne sera jamais au courant de l’événement, tout comme de l’existence de  ce malfaiteur ayant voulu se fournir avec d’autres produits que ceux de la corporation. Pas de crime. La société parfaite, une petite vie idyllique pour tous les citoyens.

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Il s’alluma une cigarette. Ça lui laissera le temps de patienter jusqu’à l’arrivée du service de nettoyage. Surtout que depuis la nouvelle directive sur le tabac au volant, fumer dans  un véhicule entraîne automatiquement l’arrêt de celui-ci, le temps d’évacuer la fumée, ainsi qu’une belle amende de cent eurodollars. Tout en fumant, il ne put s’empêcher de regarder le cadavre gisant à ses pieds. Il ne comprenait pas comment des gens pouvaient  être autant vindicatifs envers MCGM. Cette corporation leur fournissait à tous de quoi se nourrir, et la majorité des trouvailles technologiques, qui simplifiaient la vie de tout un chacun, venaient directement de leurs laboratoires. Alors pourquoi diable cet homme achetait des semences MCGM modifiées? N’était-il pas plus sain d’acheter les semences, certifiées 100% saines, directement à la corporation? Continuant à se poser des questions, quelque chose attira l’attention de Thomas. Un petit bout noir semblait être caché entre deux doigts de sa victime. Bien que ce ne soit pas dans son habitude, laissant tous les détails aux nettoyeurs, il se pencha pour voir ce que c’était. C’était une vieille carte microSD, cachée, à son avis pour éviter qu’il puisse la repérer. Sa curiosité piquée au vif, Thomas la ramassa et la mit machinalement dans la poche de son pantalon.

S’apprêtant à inhaler ses dernières bouffées, il aperçut au loin les deux camions noirs de la MCGM, fonçant à vive allure vers sa position. Encore quelques secondes et il sera libéré. Les deux véhicules s’arrêtèrent à hauteur de Thomas. Une dizaine d’hommes entièrement vêtus de noir, armés de tout un attirail divers en sortirent. « Il est là », leur dit-il, en lançant son mégot sur le cadavre du contrevenant. Thomas se dirigea ensuite vers sa Gmobile. Il tendit son poignet vers un petit récepteur situé à hauteur de la portière. Le petit bip familier se fit entendre et la porte du véhicule s’ouvrit. Une fois confortablement installé dans l’engin, la petite voix de SVA (Synthèse vocale automatisée) se fit entendre:

-Bonjour Thomas, où désirez-vous aller?

-Bonjour SVA. Chez moi, et lance l’application d’approvisionnement sur l’écran.

-Désirez-vous écouter de la musique durant votre trajet?

-Oui, pourquoi pas. Mets-moi du Metallica.

-Je dois vous prévenir Thomas que le serveur musical m’a averti que votre abonnement a expiré. Tant que vous restez en mode gratuit, vous aurez une interruption publicitaire toutes les cinq minutes. Voulez-vous recharger celui-ci?

-Non. Je rechargerai plus tard.

Tout en pianotant sur l’écran tactile, Thomas se demandait comme bien souvent, comment se faisait-il que les membres d’un groupe tel que Metallica, disposaient d’un énorme trou dans leur parcours. Leur premier album était sorti en 1991. Ils n’étaient plus tout jeunes déjà, à l’époque. Qu’avaient-ils fait avant? Pourquoi ne trouve-t-on aucune trace d’eux avant cette période dans l’encyclopédie? Il fut interrompu dans ses pensées par un spot publicitaire. « Damn! Il faudra vraiment que je recharge cet abonnement! » Il pestait. Il n’aimait pas que la chanson qu’il écoutait soit coupée par un tel spot. Cela enlevait tout le charme à la mélodie en cours. Il termina de tapoter. Il avait trouvé ce qu’il allait manger ce soir : des nouilles C aromatisées au bœuf, ainsi qu’une bonne bouteille de whisky synthétique. Il valida sa commande en plaçant son poignet devant le petit senseur à droite de l’écran. Il se mit confortablement dans le fauteuil, en attendant que SVA le ramène tranquillement chez lui.

Une petite heure plus tard, il était arrivé. À côté de la porte de l’appartement, la boite de réception indiquait qu’un colis avait été acheminé. Toujours à l’aide de son poignet, il ouvrit sa boite, et ramassa un petit colis contenant les repas et boissons qu’il avait préalablement commandés dans la Gmobile. Il s’approcha du senseur près de la porte, qui s’ouvrit à l’approche de son avant-bras. Automatiquement, les lumières de l’appartement se mirent en action et il rentra chez lui.

La domotique avait fait des bons particulièrement remarquables ces dernières années: non seulement les habitations parlaient, détectaient tous les mouvements des personnes présentes mais adaptaient également leur comportement en fonction de leurs allées et venues. Thomas avait acquis le nec plus ultra pour son appart, et travaillant pour MCGM, il avait même des tarifs préférentiels pour toutes les nouveautés technologiques, quand il n’était pas sélectionné pour participer aux tests des innovations. Il se dirigea vers la salle de bain, qui détecta sa présence et prépara automatiquement la douche à la température désirée. Nul besoin de le demander, SVA connaissait déjà ses préférences en la matière. Le temps de prendre sa douche, SVA réchauffait son repas, il n’aurait plus qu’à manger en sortant de la salle de bain.

Tout en mangeant, l’écran principal du living lui montrait les dernières nouvelles. Pas grand-chose de neuf, le conflit au Moyen et Proche Orient s’éternisait, et les Red Socks avaient encore gagné leur match. Le repas fini, il se servit un verre de whisky. Puis un deuxième. Il avait envie d’ivresse ce soir. Le bougre qu’il avait terminé aujourd’hui ne semblait pas si mauvais, et cela le mettait mal à l’aise. Au bout du quatrième verre, il s’affala dans son fauteuil, et se rappela qu’il avait pris ce petit objet sur le cadavre. Il le tint en main quelques secondes, le triturant quelque peu, et se leva pour essayer d’en voir le contenu.

Il fut déçu. Une photo, montrant ce qu’il semblait un billet d’un vieux dollar, ou certaines parties du billet avaient été entourées. Et un gros fichier. Il essaya tous les logiciels possibles, il n’arriva pas à l’ouvrir du tout. Pestant quelque peu, Thomas retourna s’asseoir dans son canapé. Il se resservit quelques verres et sombra dans le sommeil. Mais il ne vit pas que sur l’écran de son terminal, un message était apparu: « Attention! Activité suspecte détectée »…

Cette histoire est la première partie de L’affaire Thomas J, petite nouvelle dans l’univers 2042. Pour pouvoir continuer à écrire, j’ai besoin de votre soutien. Découvrez comment me soutenir selon votre choix!


Image de Charles Dawley sous Licence CC BY-NC-ND

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