Opération Bombe Humaine – 28

Ce billet est la partie 27 sur 32 de la série L'affaire Thomas J.

13551178564_e171d72c10_z

– Thomas, Aria, réveillez-vous. Il faut partir. Maintenant.

L’air de Genghis était grave. Il semblait pris d’une douleur effroyable. Aria, à moitié endormie, tenta de questionner son ami.

– Genghis ? Mais.

Le malabar mit un doigt sur sa bouche.

– On a pas le temps de discuter maintenant. Le soleil va bientôt se lever, et la cité avec lui. Prenez ce que vous pouvez, et suivez-moi. On s’en va.

– Thomas est encore dans les vapes. Le doc, même s’il nous a relâchés de la salle de réveil, a dit qu’il faudrait encore certainement un jour ou deux pour qu’il soit opérationnel.

– T’inquiète, je vais le porter. Mais il va falloir qu’il se réveille le plus vite possible.

– Mais sérieux, dis-moi ce qui se passe !

Aria commençait à s’impatienter. Elle n’aimait pas la manière dont Genghis faisait tant de mystères.

– Dès qu’on sera en sécurité, on parlera. Mais en attendant, il faut bouger. On est tous en danger, surtout Thomas.

L’inquiétude commença à se voir sur le visage de la jeune femme. Elle voulait bombarder Genghis de questions. Mais elle avait confiance en lui, c’était le brave type fidèle sur qui on pouvait toujours compter. Il n’avait jamais failli. Elle se leva, s’habilla vite fait, ramassa quelques babioles. Le malabar prit Thomas sur le dos, et ils se mirent en route.

Très vite, Aria stoppa la marche. Quelque chose n’allait pas. La sortie n’était pas de ce côté.

– Genghis ? Où est-ce qu’on va ?

– On ne sort pas par l’entrée principale. Tu te rappelles la procédure d’évacuation d’urgence ? Il y a une autre porte, celle qu’il ne faut jamais prendre sauf en cas de problème. C’est par là qu’on sortira. Vite, on est attendus, d’autres personnes viennent avec nous. Et si tu entends le moindre bruit, planque-toi. On ne peut se fier à personne.

La procédure d’urgence. Cette porte que personne n’avait jamais empruntée. Nul ne savait ce qui les attendait de l’autre côté. L’idée ne plaisait pas du tout à Aria. Mais alors qu’ils se remettaient en route, ils entendirent des bruits de pas. Ni une ni deux, ils se planquèrent derrière la première porte à leur portée. Aria laissa la porte à peine entrouverte, juste pour pouvoir laisser un œil scruter ce qui se passait. Un Russe, armé de sa mitraillette, patrouillait dans le secteur.

– Mais…

– Chut. On y va.

Genghis ne laissa pas le temps à Aria de le questionner. Ils se remirent directement en route. Cette porte était en plus assez éloignée de la ville, via un long couloir qui faisait plusieurs kilomètres. Et pour atteindre celui-ci, il fallait passer un dédale de couloirs en tout genre, heureusement inoccupés. Ils attendaient leurs futurs occupants : d’éventuels réfugiés de l’empire corpocratique s’ils devaient arriver en masse.

Ils durent s’arrêter et se cacher plusieurs fois. Visiblement, les Russes n’étaient pas les seuls à patrouiller. Hector avait aussi envoyé des hommes faire des rondes de surveillance. Même là, Genghis se cachait. Il ne voulait pas que quiconque les aperçoive. Aria le regardait chaque fois qu’ils s’arrêtaient. La peine et l’inquiétude se lisaient sur son visage. Elle essayait de se concentrer, de lire dans ses pensées, mais Genghis semblait avoir entièrement barricadé son esprit. Impossible pour elle d’en savoir plus.

Au bout de quelques détours, Genghis s’arrêta dans une pièce. Ils étaient tout juste à côté de ce fameux couloir.

– On va attendre ici. Que la réunion commence, et là on se remettra en route. Tout le monde sera occupé, on pourra partir sans être trop inquiété.

Aria jeta un coup d’œil rapide dans la pièce. Ils n’étaient pas seuls. Orbo était là avec le toubib. Quelques minutes plus tard, ce fut au tour d’Harry d’arriver, accompagné des représentants sud-américains. Elle n’en put plus.

– Bon, maintenant j’aimerais savoir ce qui se passe. C’est quoi tous ces mystères ? Et Harry, pourquoi tu n’es pas avec Ishtar ?

Genghis et Harry se regardèrent. La douleur se lut sur leur visage. Harry n’arrivait pas à parler, et commença à pleurer silencieusement. Genghis, les larmes aux yeux, se tourna vers la jeune femme.

– Ce que je vais te dire va t’être très difficile à digérer. Sache en tout cas, qu’on fera tout ce qu’on peut pour alléger ta peine.

– Genghis, je ne comprends pas ! Arrête de tourner autour du pot !

Aria s’exprimait avec colère. Mais en regardant son vieil ami, elle comprit tout de suite. Elle se laissa tomber sur le sol.

– Dis-moi comment cela s’est passé.

Genghis retint sa respiration. Il tentait de se reprendre, afin que ces explications soient les plus claires possibles. Après une ou deux minutes, il commença à expliquer ce qu’Harry et lui avaient vu hier soir.

« Je vous demanderai tous de ne pas m’interrompre, de ne pas poser de questions. Mais avec ce que je vais vous montrer maintenant, vous comprendrez pourquoi nous vous avons fait tous venir jusque ici.

Hier, à la fin de cette réunion, Yuri le Russe a demandé à Ishtar s’il pouvait le voir dans la soirée. Il voulait analyser les données et discuter en tête à tête avec le vieux. Ishtar nous a demandé d’être là dans la pièce, mais planqués et de filmer la rencontre. Il n’a pas voulu nous en dire plus, mais on sentait bien qu’Ishtar ne nous disait pas tout. Harry, vous connaissez ses capacités, a créé un clone de lui-même et l’a posté à l’accueil, comme il y est d’habitude. Il a ensuite créé un machin d’invisibilité, et nous nous sommes planqués dans un coin de la chambre du vieux. »

Genghis sortit un petit appareil. Une vieille caméra numérique, avec un petit écran LCD. Il lança la vidéo afin qu’ils puissent tous observer la scène.

Ishtar était face au Russe, apparemment seuls dans cette grande pièce, totalement entourés par les livres que le vieil homme avait amassés au fil des ans. Yuri aborda directement la discussion.

– J’aimerais faire analyser toutes les pièces que vous avez trouvées. Je ne doute pas de votre confiance, je doute des corporations. J’aimerais réellement savoir si ces pièces sont authentiques avant de me lancer dans cette entreprise avec vous.

– Je comprends vos craintes, mon ami. Mais j’ai une parfaite confiance dans les capacités d’Orbo. Si toutes les informations transmises avaient été fabriquées de toute pièce, il l’aurait très vite détecté. Je peux cependant vous en faire une copie, si vous le souhaitez. Toutes les pièces ont déjà été dupliquées, je peux demander à ce que l’on vous déverrouille l’accès aux dossiers.

Yuri semblait perplexe. Au bout d’un petit moment de réflexion, il accepta la proposition.

– Et cet homme, vous pensez qu’il y a moyen de le rencontrer ?

– Thomas ? Écoutez, il se repose. Les traumatismes qu’il a subis ces derniers temps ont été éprouvants pour lui. J’aimerais qu’on le laisse seul, le temps qu’il fasse un peu le point, qu’il digère toutes les informations qu’il vient d’apprendre sûr lui-même. Mais c’est un costaud, il sera vite sur pied, j’en suis persuadé. Je lui ferai transmettre votre requête.

Il tapota ses instructions sur un petit écran. La requête pour voir Thomas et l’accès aux données.

– C’est fait, dès que vous serez dans vos appartements, vous pourrez copier à loisir toutes les informations dont vous avez besoin.

– Bien, je vous remercie. Vous nous avez été d’une précieuse aide.

D’un coup, Ishtar sembla comme paralysé sur place. La terreur se lisait sur son visage. L’image commençait aussi à bouger, comme si le porteur de la caméra était pris de tremblements.

– Yuri…

Le Russe n’était plus le même homme, ses yeux avaient totalement changé. Il ressemblait à la créature qu’Aria et ses compagnons avaient combattue.

– Comment ? Qu’est-ce que… Pourquoi ?

– Ce qui est en mouvement ne peut être arrêté. Vous ne pourrez rien faire pour nous arrêter.

Ishtar s’écroula au sol. Toute vie l’avait quitté.

Rapidement, la créature reprit l’apparence de Yuri et quitta tranquillement la pièce.

Genghis coupa la vidéo, et comme tous les autres dans cette pièce, il ne put contenir davantage ses larmes.

Cette histoire est la vingt-huitième partie de L’affaire Thomas J, petite nouvelle dans l’univers 2042. Cette histoire et ce blog vivent grâce à vous. Merci de me soutenir, que ce soit avec un Prix Libre, en me soutenant sur Tipeee, et en partageant ce billet autour de vous. Vous pouvez également me suivre sur les réseaux sociaux Twitter, Facebook et Diaspora.

Image de Phil Warren sous licence CC-BY-SA

Series Navigation<< Opération Bombe Humaine – 27Opération Bombe Humaine – 29 >>


Les commentaires sont clos.